Groupe de champs
Eglise des Martyrs

Etant donné la situation socio-économique des fidèles, je comprends maintenant qui sont les martyrs dans cette église!!! Chose certaine, on ne m’y reverra pas de sitôt! Sans offense Maman Costasie.     

Le nom même de cette église, le fait que le rite se tienne le samedi, plutôt que le dimanche : des indices qui ont piqué ma curiosité. Et si c’était quelque chose de spécial, me suis-je dit…Facile à vérifier : Maman Costasie, une des conseillères de l’équipe fréquente cette…secte???

Samedi matin 8 :30. Une trentaine de personnes s’entassent dans le bâtiment aux murs de nattes tressées et au toit de chaume. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre; debout et emportés dans une cérémonie aux rythmes frénétiques. Aucun instrument de musique : claquement des mains et des pieds par les hommes, chants rythmés où hommes et femmes se font écho mutuellement, danses saccadées des hommes, mouvements lacifs des hanches et du bassin de ces femmes magnifiques, ( on a beau être dans un office religieux, cela a des accents érotiques certains! Ou est-ce moi qui n’ait pas fait l’amour depuis des lustres???) Pendant une demi-heure, tout cela monte et descend,( hum…) s’entrelace ( hum…hum…) dans une sarabande lascive, les rythmes saccadés et répétitifs créant une transe collective irrépressible. Trippant!!!

Après cette stimulante mise en forme, si je puis dire, (!!!) un des officiants ouvrira la cérémonie par l’accueil des nouveaux venus : une femme, son jeune fils et moi seront présentés et chaleureusement accueillis par la petite assemblée. Suivra le moment de l’offrande : un participant circulera une assiette chromée à la main pour recueillir les humbles oboles de l’assistance : bien maigres recettes, quelques petites coupures ratatinées, mon billet de 500 francs ( $ 1 ) faisant office de gros lot!  Curieusement, cette tournée des fidèles se déroulera une seconde fois, ne générant pas plus de revenus que la première fois.

La prédication qui suivra me confirmera dans mes appréhensions. Grâce aux bons soins de Maman Costasie faisant office d’interprète, je me taperai un discours insipide, qui allait à peu près comme suit : «  Dieu vous a donné la force de travailler aux champs ou de commercer, alors il faut rendre à Dieu une partie de vos avoirs, sinon, vous ne faites pas la volonté de notre Seigneur! » ( culpabilité) Et un peu plus tard : « Si vous ne rendez pas en partie au Seigneur ce qu’il vous a donné – comme un poulet, une partie de votre récolte ou de l’argent-  vous serez maudits et le malheur s’abattra sur vos têtes! » ( peur et menaces) . Et cette même rengaine pendant près d’une demi-heure!

Et cette démarche d’intimidation aura son effet relatif : deux femmes se lèveront dans l’assemblée pour témoigner à quel point elles sont indignes face à Dieu, se sentant coupable de ne pas  pouvoir contribuer plus à son Eglise.

Honnêtement, je me suis senti très mal à l’aise devant cette entreprise de « tordage de bras » au profit d’un prédicateur aux allures démagogiques et aux accents sectaires. Questionnée au sortir de l’assemblée, Maman Costasie m’assurera que les sommes recueillies servent à accueillir les visiteurs de passage et les plus pauvres de la communauté. Ouais…

Etant donné la situation socio-économique des fidèles, je comprends maintenant qui sont les martyrs dans cette église!!! Chose certaine, on ne m’y reverra pas de sitôt! Sans offense Maman Costasie.     

Les Martyrs, très peu pour moi!