Groupe de champs
Camping à la congolaise, part. 3

Camping à l’africaine. Cool! Conversations animées en kiluba, qu’on prend soin de me traduire, rigolades, des bouts en français aussi, on s’amuse bien.

A Kishale, nous logeons dans une petite maison de terre au toit de chaume, de deux pièces; l’une pour les 5 gars, l’autre pour les 2 femmes.  Cette « guest house » est tout juste à côté du Centre de Santé local. Repas du midi. Installés tous en rond dans une des pièces de la maison; il fait sombre, mais frais à l’intérieur, pendant que la chaleur du début d’après-midi se déchaîne à l’extérieur. Trônent par terre au milieu de nous deux plats : un chaudron de fufu, une pâte consistante de farine de manioc et un autre chaudron d’une sorte de viande encore en morceaux, cuite en sauce. Pour compléter le tout, une bassine de plastique avec un fond d’eau aboutit devant moi. Puis là, plus rien. Arrêt sur image. Silence. Rien ne bouge. On attend. « On attend quoi? » ai-je la naïveté de demander. On m’explique alors que tout repas africain débute par le lavement des mains dans la bassine, en commençant par le plus vieux (c’est moi!) et en ordre décroissant jusqu’au plus jeune. On attendait seulement que je donne le signal du départ! Ce droit d’aînesse confère également le droit de se servir le premier et à s’arroger sans gêne la meilleure part. Mais je vous jure, je n’ai pas abusé de ce privilège, que dis-je, de ce droit, même si j’étais très heureux de me laver les mains le premier;  car il n’y avait pas de savon et très peu d’eau dans la bassine! Car voyez-vous, même si chacun avait sa propre assiette, pas d’ustensiles au menu! Chacun s’attrape une plotée de fufu et picosse dans le plat de viande à qui mieux mieux, en prenant soin de tremper sa boulette de fufu confectionnée à la main dans la sauce de cuisson du plat de viande! Allô les microbes! Après le repas, - imagine l’état des mains!- rebelotte! On se relave les mains dans la même eau! Allôôôô….
Repas du soir. Sensiblement le même scénario (avec une nouvelle assurance acquise de ma part!), mais cette fois, installés à la belle étoile, les deux mêmes plats en équilibre instable sur un banc de bois. Fufu et poulet au menu. Eclairage à la lampe au kérosène du temps de nos grands-parents. Camping à l’africaine. Cool! Conversations animées en kiluba, qu’on prend soin de me traduire, rigolades, des bouts en français aussi, on s’amuse bien. Survient à un moment donné un gars du village, voulant nous vendre un morceau de viande d’étrange apparence. Il s’agit, m’expliquera Rigobert, d’un daman, communément appelé « rat des roseaux »; le rat en question avait été évicéré, écartelé, et rapidement braisé pour lui enlever tout le poil. On avait bien pris soin de lui couper la tête et la queue, mais on reconnaissait  très bien ses petites pattes griffues… D’une couleur sombre, c’était toute une bête, pesant pas loin de 2 kg. « C’est très bon, s’empresse d’ajouter Rigobert, c’est ce qu’on a mangé ce midi » (Hésitation ici…) Honnêtement, sur le coup, l’estomac m’a fait un tour… Mais après plus amples réflexions, il m’a semblé que ce « rat des roseaux » ressemble à s’y méprendre à notre rat musqué. Moi, ça m’a aidé de réaliser ça… pas vous? Ce n`était pas un rat d’égout, tout de même! Chose certaine, j’en remangerais n’importe quand de ce daman!