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Biographie : Denis Roy

« Shamwana, mon amour… » Une allusion à peine voilée au film d’ Alain Resnais « Hiroshima, mon amour » : une histoire de passion sur le thème du devoir de mémoire envers les victimes de la guerre.

Denis Roy

Denis Roy

A 54 ans, se retrouver au milieu de nulle part au Congo, pour une première mission avec MSF : « Mais qu’est-ce qu’il lui prend, celui-là? » vous direz-vous?

En fait, avec MSF, je concrétise un rêve de jeunesse, qui pour toutes sortes de raisons, n’avait pu se réaliser avant. Comme la rivière, même sinueuse, finit toujours par retrouver la mer… me voici donc , enfin, à Shamwana, Katanga, RDC.

Qu’est-ce qui a bien pu m’amener jusqu’ici ? L’amour, bien entendu! Ça demande un peu d’explication, j’imagine…Dans mon autre vie, je suis travailleur social de profession, et rebelle de conviction. Je travaille à Pointe St-Charles depuis 19 ans, un quartier ouvrier et appauvri du Sud-Ouest de Montréal. A la Clinique communautaire de Pointe St-Charles, pour
être plus précis. Une institution tout à fait unique dans le réseau de la santé au Québec, qui a chahuté plus d’un Ministre sur toutes sortes de batailles politiques pour le droit à la santé. Mais ça, c’est une belle et trop longue histoire à raconter.

Pointe St-Charles, c’est aussi Kananga, pour les réfugiés congolais qui y habitent. Kananga, du nom d’une ville du Congo, dans la province du Kasaï occidental. Car voyez-vous, le quartier abrite la plus grande concentration de réfugiés congolais au Canada. Fuyant une guerre qui, selon les estimations, a fait de 3 à 4 millions de morts, depuis le tournant des années 2000. De quoi chercher refuge, dans le «plus meilleur pays du monde », même si on y gèle 6 mois par année!

Les commerces africains ont donc commencé à surgir, les femmes magnifiquement drapées de leur pagne à sillonner les rues et les enfants noirs à se faire plus nombreux dans les écoles du quartier. Et c’est là que j’ai connu mes premières familles congolaises. Pendant des années, je les ai soutenues dans leur difficile intégration; je les ai supportées dans l’obtention de services pour leurs enfants handicapés; je les ai défendues contre l’avidité de propriétaires véreux. J’ai admiré leur désir de refaire leur vie, j’ai été ébahi par le courage et la force de ces femmes ; j’ai été surpris et désarçonné par leurs croyances culturelles si étrangères aux nôtres. Bref, je suis tombé en amour avec ces gens!

C’est ainsi qu’ils m’ont donné le goût de connaître leur immense pays d’origine.

Et depuis 8 mois déjà, je me retrouve à Shamwana, un village d’environ 3,500 personnes, perdu au milieu de la province du Katanga, en tant que Mental Health Officer. J’y supervise un programme de santé mentale, orientée vers le soutien aux populations ayant subi les atrocités de la guerre ayant ravagé ce coin du pays.

C’est à partir d’avril 2005 que MSF-Hollande s’installe au Katanga, à Kilwa et Dubié, pour supporter 9 Centres de santé, 1 Centre de Santé de référence et un Hôpital général de référence. Les combats s’étant accentué entre l’armée congolaise et les Mai-Mai à la fin de 2005, un flot de 20,000 réfugiés déferle sur Dubié. Ces réfugiés proviennent de la région comprise entre Manono, Mitwaba et Pweto, région qu’on a appellé « le triangle de la mort ». Suite à une mission d’exploration dans cette région en avril 2006, MSF-Hollande y a découvert une population de près de 7,000 personnes littéralement emprisonnée, sous strict contrôle militaire, devant effectuer du travail forcé, se voyant confisquer leur nourriture, et subissant violence physique et sexuelle. Les villages y sont complètement détruits, la population vit dans des abris defortune; les infrastructures de santé ont été détruites et les soins de santé et de sanitation de l’eau sont inexistants. C’est ainsi que MSF-H décide d’ouvrir un troisième projet à partir de mai 2006 à Shamwana, au centre même du « triangle de la mort ».

Avec la fin de la guerre et le retour progressif des réfugiés dans leurs villages à partir de la fin 2006, la vie reprend son cours lentement depuis. A Shamwana et les villages avoisinants, MSF-H supporte 5 Centres de Santé et un Centre de santé et de référence de 55 lits à Shamwana même.

Dès le début, le programme de santé mentale a développé ses activités de support aux victimes du conflit de façon intégrée avec les autres activités médicales du projet.

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Débuter un blogue après 8 mois de mission?

Une facon de partager mon expérience, bien sûr. Mais une volonté non-dissimulée d`intéresser quelqu`un-e à venir me remplacer dans… 9 mois! Et oui, au terme de mon premier contrat le mois prochain, j`ai décidé de prolonger ma mission d`un autre 6 mois, après quelques semaines de vacances au Québec. Trop fascianant, Shamwana! Encore beaucoup de travail á effectuer. Ou trop difficile de quitter ces gens que j`aime tant???

La lecture de mes écrits vous fera faire un bond dans le temps, car j`y réédite le « newsletter » dont mes amis-ies se délecte depuis le début de ma mission; mais peu á peu, vous remonterez le fil du temps jusqu`a aujourd`hui.

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« Shamwana, mon amour… » Une allusion à peine voilée au film d’ Alain Resnais « Hiroshima, mon amour » : une histoire de passion sur le thème du devoir de mémoire envers les victimes de la guerre.

C`est, en quelque sorte, ce á quoi je vous convie au fil des prochains mois.

Bienvenue á bord!

Denis