Groupe de champs
Coincée à Djibouti

Ayant déjà travaillé avec MSF dans des zones de conflit par le passé, je savais que des obstacles se mettent toujours en travers de nous et des populations dans le besoin.

Quand j'ai quitté le bureau Médecins Sans Frontières (MSF) d'Amsterdam pour me rendre au Yémen, je n'avais pas prévu d'être bloquée pendant 10 jours à Djibouti. L'aéroport de Sanaa, la capitale yéménite, venait d'être bombardé et la piste d'atterrissage était hors d'usage. Ayant déjà travaillé avec MSF dans des zones de conflit par le passé, je savais que des obstacles se mettent toujours en travers de nous et des populations dans le besoin.

J'étais angoissée à l'idée de venir au Yémen, mais frustrée de savoir que cinq d'entre nous étaient bloqués à Djibouti alors que notre équipe à Sanaa manquait de personnel. Finalement, nous avons embarqué dans un petit avion et sommes arrivés à l'aéroport international de Sanaa dans l'après-midi du 13 mai.

Le hall des arrivées était vide. Hormis les quelques fonctionnaires qui vérifiaient nos passeports, il n'y avait personne d'autre. Partout des halls déserts, des comptoirs vacants… Seuls quelques chiens et chats égarés cherchaient un abri ou de la nourriture. L'aéroport semblait ouvert seulement pour nous.

Les fenêtres éclatées et les bâtiments et hangars à moitié détruits autour de la piste d'atterrissage témoignaient du bombardement.

À l’extérieur de l'aéroport, les rues désertes jonchées de détritus dénotaient avec l'architecture distinctive de Sanaa, entourée de magnifiques montagnes. De nombreuses voitures et motos étaient alignées devant des stations-essence fermées. Je fixais du regard les rangées de bâtiments éventrés en réalisant à quel point les explosions avaient dû être violentes. Je me suis demandé si les gens avaient pu s'enfuir à temps.

À la maison MSF, j'ai rencontré le reste de l'équipe. Le bureau n’était plus considéré comme un lieu sûr à cause des raids aériens, alors les équipes travaillaient sur des tables dans le salon. Il y avait des ordinateurs, des téléphones et des câbles partout. Les volontaires avaient l'air fatigué à cause de la charge de travail importante et de leurs nombreuses nuits blanches.

Ma première tâche était d'évaluer la situation sécuritaire dans la province d'Ad Dhale, au sud-ouest du pays. En mars, le personnel international avait été évacué des hôpitaux que nous soutenons dans la province à cause de l'intensité des combats et des pilonnages. Nos collègues yéménites faisaient ce qu’ils pouvaient pour mener à bien le programme, mais ils étaient nombreux à ne pas pouvoir se rendre au travail à cause de l'insécurité. Ils avaient désespérément besoin de notre soutien.  

Les jours suivants, nous avons préparé tout ce que nous devions envoyer à Qataba, des médicaments aux couvertures et oreillers supplémentaires en passant par un petit générateur et une imprimante. Depuis Qataba, nous allions nous rendre dans la ville d'Ad Dhale, de l'autre côté de la ligne de front.