Groupe de champs
Premières impressions

Quel que soit le lieu d’intervention, MSF n’a pas pour vocation à rester indéfiniment.

Voilà déjà presque 1 mois que je suis arrivée…  Vous devez vous demander quelles sont mes premières impressions…

C’est la fin de la saison sèche ici, tout est donc très, très sec. La terre est rouge, poussiéreuse. Le pays est dévasté par une déforestation accrue. Le peu d’arbres restant est brulé pour faire du charbon de bois. Il y a donc toujours des feux un peu partout. Les expats les plus anciens disent que tout redevient vert pendant la saison des pluies, j’ai du mal à imaginer…

Photo: ©Barbara Fievez/MSF

Les maisons sont en briques, toits en paille ou en tôle. La fabrication, artisanale, de briques est une activité importante de la région. Les briques fraiches sont empilées et enfermées sous une couche de terre, des trous sont creusés à la base pour y insérer du bois afin de faire le feu qui permettra de les cuire.

Photo: ©Barabara Fievez/MSF

Il y a peu de voiture, beaucoup de gens à pied le long des routes ou alors poussant de vieux vélos surchargés. Les transports en commun pour les distances un peu longues sont des minibus plus ou moins en bon état.

Chiradzulu, le village dans lequel MSF est installé s’étend le long de la route sans vraiment de centre. Il y a tout autour de nombreuses petites parcelles de champs, sans culture apparente pour le moment. Beaucoup d’hommes travaillent en ville, ce sont donc les femmes que l’on voit dans les champs ou portant des charges énormes sur la tête, que ce soit bassine d’eau ou fagot de bois (avec souvent en plus leur enfant dans le dos).

Photo: ©Barbara Fievez/MSF

Au sein de la mission nous sommes une dizaine d’expats en provenance de quasi tous les continents. Nous partageons une grande maison en haut d‘une colline avec vue sur toute la vallée.

Photo: ©Barabara Fievez/MSF

Les bureaux sont en bas dans le village, ce qui donne l’opportunité de marcher 20mn matin et soir, du moins pour le moment car tout est bien sec.

J’aime ce moment matinal de traversée du village qui permet d’en côtoyer la vie. Les femmes autour du puit, les enfants qui vont à l’école, le menuisier qui expose aussi bien fauteuils que cercueils, le « boucher » qui tue, dépèce, découpe (il faut choisir son timing !) la chèvre du jour…

Photo: ©Barbara Fievez/MSF

L’étale du boucher (je vous fais grâce de la chèvre ;-)

Photo: ©Barbara Fievez/MSF

Je suis arrivée en tant que manager ressources humaines. J’ai eu la chance de passer une 1ère semaine avec mon prédécesseur qui m’a donc briefé sur les sujets en cours, les process en place, les incontournables, le rangement des dossiers sur le réseau… Cela ne m’a pas empêché les 2 semaines suivantes de me sentir un peu dépassée par toutes les informations arrivant de tous les côtés, les réunions prévues où j’avais du mal à suivre ne connaissant pas encore bien le projet, ma bataille avec mon clavier qwerty (c’est bête mais qu’est-ce qu’on perd comme temps !)…

Mais je commence à y voir plus clair et à arriver à m’organiser. La gestion du quotidien est fortement soulagée par la présence d’un assistant maitrisant très bien le logiciel de suivi du staff et de génération des payes. Et ma référente technique a également une longue expérience du terrain au sein de MSF et j’apprends énormément à ses côtés.

Je me plonge dans les procédures internes, règlement intérieur, organigramme… j’essaye de faire la part des choses entre les règles écrites et les habitudes du terrain. C’est sûr que ce n’est pas évident pour le staff national de changer régulièrement de boss.

Première rencontre avec les représentants du personnel, les revendications salariales sont fortes, le pays connait une sévère inflation.

Mais surtout je dois me pencher sur l’organisation du « handover » : passation de l’activité de MSF au ministère de la santé (MoH).

Quel que soit le lieu d’intervention, MSF n’a pas pour vocation à rester indéfiniment. Après plus de 15 ans de présence au Malawi dans le cadre du programme HIV, MSF a entamé l’an dernier le processus de « passation » du traitement des patients au ministère de la santé (MoH). L’objectif est un retrait progressif afin de ne pas risquer l’arrêt des soins (contrairement à une campagne de vaccination qui, une fois tous les patients identifiés vaccinés, est achevée, le prise des ARV est à vie).

Mais décroissance d’activité veut dire licenciements... C’est sûr que ce n’est pas forcément ce à quoi je m’attendais en choisissant de partir travailler pour MSF. D’un autre côté il s’agit d’un projet complexe et intéressant sur lequel travailler. Il faut réfléchir à comment réduire la voilure sans dégrader les soins, s’assurer que le MoH prenne bien le relais, essayer de prévoir un accompagnement pour le personnel licencié...