Groupe de champs
Papouasie Nouvelle Guinée – Soigner au fil de l’eau (épisode 2)

Aurélie fait partie d'une équipe qui a pour but de sauver la vie de personnes atteintes de la tuberculose, une infection d’origine bactérienne potentiellement mortelle et qui touche le plus souvent les poumons. Aujourd'hui, elle nous emmène avec eux alors qu'ils s’aventurent dans le « bush » isolé de Papouasie-Nouvelle-Guinée…

An MSF canoe heads upriver in Papua New Guinea

Au sein de la province du Golfe, MSF supervise trois unités de traitement de la tuberculose, dont une située à Ihu, un village à 2h de bateau de notre lieu de résidence.

Nos collègues originaires du pays restent sur place à l’année, tandis que nous nous y rendons une à deux semaines par mois pour leur fournir un support.

La seule voie

Le centre de santé est implanté sur la rive d’un fleuve au long duquel sont installées les communautés i dont certaines à plus de 3h de bateau.

L’équipe doit ainsi parcourir le fleuve pour pouvoir atteindre les patients, soumis à la même contrainte pour rejoindre les structures de santé.

La seule voie praticable est la rivière, dont le niveau monte et descend au cours de la journée, au gré des marées car l'océan est tout proche. Il faut donc composer avec la nature, comme pour tous les actes de la vie quotidienne ici !

Le voyage

Chaque mois est organisé de la même façon : les premières et troisièmes semaines, nous allons à la rencontre des patients, afin de leur fournir leur traitement pour le mois à venir, ou retrouver ceux qui ont manqué leur dernier rendez-vous.

La deuxième semaine, ce sont les patients qui viennent à l’unité de traitement pour voir le médecin, grâce au réseau de transport mis en place.

Nous nous déplaçons en pirogue à moteur, et les gens nous saluent de grands gestes des bras, ponctués de ‘’good day’’ sonores. L’accueil est réellement chaleureux.

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View of stilted house on the riverbank
A house on the riverbank

Aux abords du premier village, la rivière se transforme en canal dont la végétation nous recouvre presque.

On croise des pêcheurs, des femmes faisant la vaisselle, des enfants jouant à Tarzan.

Certains villages sont complètement inondés, à cause des coefficients de marée mais aussi des grosses pluies tombées ces derniers jours.  On navigue entre les maisons sur pilotis à la recherche de nos patients !

Le bush

Nous reprenons ensuite notre route.

D’autres communautés ne sont pas directement sur la rive. Nous devons marcher dans ce que les gens appellent le bush, ou y accéder par la plage, lorsque le niveau de la marée le permet.

Après une heure et demie de marche en plein soleil, nous arrivons finalement dans un hameau de quelques maisons sur pilotis. Comme souvent, les consultations se déroulent sous une de ces maisons, sous les regards curieux des villageois.

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Walking to the villages
Walking to the villages

Une de nos patientes est mère de plusieurs enfants en bas-âge et n’a pas pu les amener au centre de santé du fait de la distance à parcourir. Or, tous les enfants de moins de cinq ans ayant été en contact étroit avec une personne ayant la tuberculose pulmonaire doivent être mis sous traitement prophylactique pendant six mois.

Notre but est donc d’effectuer la première partie de la consultation dans le village et de trouver une solution facilitant son transport jusqu’au centre afin de commencer le traitement.

Surmonter les obstacles

Il n’est pas rare que les parents aient des difficultés à comprendre l’intérêt d’un tel traitement alors même que leur enfant est en bonne santé.

Le rôle de nos collègues en charge de la promotion de la santé est alors crucial : à l’aide de supports visuels, ils expliquent ce qui nous pousse à proposer ce traitement, répondent aux inquiétudes des gens et travaillent à lever les différents doutes sur la pertinence de ces soins.

En effet, si le challenge géographique est important, ce n’est généralement pas le seul frein que nous observons auprès de nos patients : le manque d’informations, de formation ou les difficultés psycho-sociales sont autant de problématiques qui peuvent créer un manque d’adhésion et entrainer l’arrêt du traitement.

C’est pourquoi nos agents de santé communautaire travaillent en binôme avec un conseiller en éducation à la santé lorsqu’ils vont sur le terrain.

Pas seulement la tuberculose

Nous poursuivons notre route en remontant la rivière pendant près de deux heures, et arrivons dans un village relativement grand, d'une trentaine de maisons. Une table et une chaise nous attendent déjà sous le grand arbre !

Les enfants sont très nombreux, malnutris pour la plupart, comme en témoigne le ventre gonflé de certains alors que leurs membres apparaissent fins comme des baguettes. Ils assistent en chahutant à la consultation.

Ceux qui sont malades ou sous prophylaxie bénéficient de plumpy nut. C'est un aliment thérapeutique a base notamment d'oléagineux qui permet d'aider à sortir de la malnutrition modérée. Ce n'est en revanche pas suffisant pour la malnutrition sévère qui se traite dans un centre médical dans un premier temps.

Beaucoup de personnes se présentent à nous pour des symptômes qui n'ont rien à voir avec la tuberculose mais le centre de santé le plus proche étant à 1h30 de bateau, ils ont peu d’occasion de consulter le personnel soignant.

Après deux heures à enchainer les consultations, tout le village nous accompagne, les enfants rient aux éclats quand j'enlève mon masque en faisant une grimace, et les papas vont nous chercher une dizaine de noix de coco pour la suite de notre voyage. Ce n’est pas de refus car le soleil tape fort et la journée est encore longue !

Le dernier village

Une heure de bateau plus tard, nous arrivons au dernier village sur notre chemin.

Il s'agit en fait de trois maisons : une petite vingtaine de personnes vivent ici.

Une de nos patientes vient d'accoucher. On me la présente comme la maman numéro un du nourrisson. En effet, le père a deux épouses et neuf enfants, on dit donc maman un et maman deux. Ici aussi, les enfants paraissent malnutris et aucun d’entre eux n’est encore sous prophylaxie…

Avant d'y remédier au plus vite, nous réunissons tout le monde sous le cocotier pour expliquer à nouveau à quel point c’est important.

Il nous faudra ensuite 30 min de plus pour partir car le chef du village se lance dans une allocution touchante pour nous remercier d'être venus jusqu'à eux, là où il n'y a ni transport, ni centre de santé, et encore moins d'étrangers !

Puis, il court nous chercher le poisson du jour, et des bananes !

Trois heures de bateau pour rentrer, il est déjà tard. L'équipe restée au village s'est inquiétée et a même pris la rivière pour aller à notre rencontre. Mais tout va bien, mis à part un début d'escarre après presque 6h sur une planche en bois !