Groupe de champs
Tchad: Carrefour

Armando est docteur travaillant avec Médecins Sans Frontières / Doctor Without Borders (MSF) au Tchad. Ici, il parle de la signification du Lac Tchad: un carrefour de violence, d'espoir et de solidarité.

En décembre dernier, j’ai passé les fêtes près d’un lac, au carrefour de trois pays et de trois peuples : la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche. J’avais pris mon passeport, car on ne sait jamais.
 
Personne ne me l’a demandé.
 
Les douanes semblaient désertées et le monde semblait traverser simplement cette chose abstraite et irrationnelle que les hommes ont créée, que nous avons appris à intégrer à nos vies et que l’on appelle « frontière ».
 
Ce lac au carrefour de trois Etats, c’est le lac de Bodensee ou de Constance, témoin de cette abstraction et de cette absurdité que sont les frontières et qui semble sourire quand canards, hérons et cygnes traversent à chaque instant ces limites, se reposant sur ses eaux calmes.
 
Le lac ne discrimine personne, ni les Allemands, ni les Suisses, ni les Autrichiens ni même les Mexicains comme moi et accueille qui se présente à lui et contemple et écoute celui qui prend le temps de le contempler et de l’écouter.
 
A 1'000 km de là, un autre très beau lac se trouve au carrefour de quatre peuples, quatre Etats, quatre cultures : le Tchad, le Nigeria, le Niger et le Cameroun.
View of villages near Bol, Lake Chad region.

Lac Tchad. Photo: Dominic Nahr/MSF.

Malheureusement, ce lac n’est pas un Carrefour de paix et de tranquillité comme son cousin européen.
 
Il est au contraire le témoin d’exactions, de violence, de déplacements forcés des populations depuis la creation de ce groupe radical appelé Boko Haram et depuis la réponse militaire des pays limitrophes.
 
Il est l’épicentre d’un conflit sans merci dont les populations civiles sont les premières victims.
 
Après avoir travaillé dans la région du lac Tchad, témoin des déplacements de populations, travaillant avec les équipes qui leurs apportent les soins au quotidien, j’ai eu envie de mieux connaître ce lac, de le saluer et pourquoi pas, de lui demander ce qu’il pense de tout cela, lui, le témoin silencieux.
 
J’ai eu cette chance, de contempler ce lac, tellement grand que c’était comme contempler l’horizon.
 
En voyant mon reflet dans l’eau, j’ai réalisé que la violence qui est en chacun de nous doit être acceptée pour que s’arrête la violence.
 
Puis il a fallu poursuivre le chemin, reprendre la route, sans autre réponse à mes questions que celle du lac qui m’a répondu à travers la musique dans mes oreilles et ces paroles de Michael Franti: 
 

“If I told you what I’d see,

would you believe me or leave me alone?

If I told you what I feel, would you believe me or leave me alone?

Hello, Hello

Does anybody need a place to go?

To call your own?

Don’t leave me here alone.

Don’t leave me here alone!”

What I’ve seen - Michael Franti feat. Lake Chad

Le lac ne se déplace pas, ni lui, ni les gens qu’il accueille sur ses rives.

Mais MSF est là et restera aux côtés des victimes de cette crise, une « priorité opérationnelle » pour l’organisation.