Feldgruppe
De l'autre côté de la ligne de front, arrivée à Ad Dhale

Parce que nous croyons à un monde dans lequel les gens ne doivent pas souffrir seuls.

À notre arrivée dans la ville, j'ai été accueillie par une vision étrange. Les gens se promenaient dans le marché parmi les étals de fruits et légumes alors qu'on pouvait entendre le bruit des tirs au loin. Quand la ville a été bombardée, de nombreux habitants se sont réfugiés dans les villages environnants. Mais depuis que les groupes armés qui soutiennent le président Abd Rabo Mansour Hadi en exil avaient pris le contrôle de la ville, la vie quotidienne semblait avoir repris son cours.

Mais il est apparu très vite que ce n’était pas le cas. Ad Dhale est isolée au nord et au sud par les combats, les lignes de front mouvantes et les nombreux postes de contrôle, ce qui signifie que les vivres, notamment les médicaments, ne parviennent pas jusqu'ici. Les centres de santé et les systèmes d'eau et d'assainissement se sont également effondrés. 

Les gens m'ont dit que l'accès aux soins restait problématique, non seulement parce que les structures médicales étaient fermées, endommagées ou en rupture de médicaments, mais également à cause de l'insécurité et des problèmes de transport. Un médecin m'a confié qu'elle était inquiète pour les mères et les femmes enceintes des villages environnants qui avaient connu des complications pendant leur grossesse ou leur accouchement et qui n’avaient pas pu se rendre à l'hôpital à cause de la pénurie d'essence.

MSF soutient les services d'urgence de l'hôpital d'Ad Dhale. Nous distribuons également des médicaments et des fournitures médicales à d'autres centres médicaux de la région, et nous leur fournissons du carburant et de l'eau propre. À cause du manque de carburant, nos équipes doivent faire fonctionner les générateurs de l'hôpital tous les jours pour continuer à proposer des services d'urgence. Sans carburant, il n'y a pas d'électricité. Sans électricité, il n'y a pas de stérilisation, pas de concentrateurs d'oxygène et pas de lumière au bloc opératoire. Sans stérilisation adaptée, les chirurgiens sont obligés d'opérer les patients avec des instruments potentiellement contaminés.

Donner de l'espoir

Pendant ma mission au Yémen, MSF était la seule organisation internationale présente dans le gouvernorat d'Ad Dhale, aux côtés des équipes yéménites et internationales sur le terrain. Quelqu'un m'a dit : « Ces dernières semaines, je n'avais aucune raison d'avoir le sourire, mais vous voir ici aujourd'hui me redonne espoir, à moi et à mes compatriotes. »  

Pendant les semaines que j'ai passées au Yémen, j'ai essayé de faire fonctionner les services d'urgence et j'ai contribué à rendre les soins accessibles à ceux qui en avaient besoin. Mais au-delà de fournir une assistance physique, les moments comme celui que j'ai partagé avec cette femme à l'hôpital m'ont rappelé que la dignité, l'espoir et la solidarité étaient également essentiels. Je pense que c'est la raison pour laquelle beaucoup d'entre nous aident les gens dans le besoin : parce que nous croyons à un monde dans lequel les gens ne doivent pas souffrir seuls.