Feldgruppe
Bébés sans frontières

« Aye aye aye, Nyabouy et Matthieu »

La semaine dernière, je suis revenue d’Andura à 13h30, ce qui est vraiment très tôt. Juste quand j’arrivais, une urgence obstétrique partait pour l’hôpital MSF de Nasir, au Soudan du Sud. J’ai demandé si je pouvais les accompagner et, en quinze minutes nous étions dans le bateau.

La jeune mère avait 17 ans et c’était son premier accouchement. Au bout d’une heure d’un trajet d’environ deux heures et demie, elle s’est tordue de douleur et a commencé à s’agiter, elle faisait bouger le bateau en cherchant une position confortable. C’est devenu très difficile car la perfusion suspendue au plafond s’emmêlait et il n’y avait rien d’autre à faire que de la rassurer et de la réconforter. Notre sage-femme devenait nerveuse car nous avions perdu les quatre derniers bébés qu’elle avait transférés. Quand nous sommes enfin arrivés à Nasir, nous l’avons emmenée directement en salle d’opération et moins de dix minutes plus tard elle était sur le bloc. Comme il était tard, nous sommes rentrés directement pour arriver avant la nuit, même si j’aurais aimé faire un tour des équipements et rencontrer le personnel. C’est un hôpital, ils ont donc accès à bien plus que nous et ont souvent sauvé la vie de nos patients transférés d’urgence… La plupart d’entre eux n’auraient pas survécu aux quatre heures et demie de route nécessaires pour rejoindre l’hôpital de Gambella, qui ne dispose de toute façon que de ressources et de capacités limitées.

Nous sommes donc arrivés juste avant la nuit pour apprendre que la patiente avait accouché de jumeaux, un garçon et une fille, et que tous les trois se portaient bien. Notre sage-femme n’en revenait pas, elle était persuadée que le bébé ne survivrait pas. Quoi qu’il en soit, ils sont revenus hier à Mattar, très heureux, en pleine santé et pas peu fiers de tout le bazar que nous faisions à leur sujet. J’ai pris des photos d’eux dans leurs petits t-shirts « Bébés sans frontières ». Ils sont top ! Il nous en faut absolument !

J’ai imprimé les photos aujourd’hui, en noir et blanc sur l’imprimante et, quand je leur ai données, le grand-père a dit. « Aye aye aye, Nyabouy et Matthieu ». Ils leur ont donné mon nom et celui du médecin. Nyabouy est le nom qu’ils utilisent pour m’appeler à la clinique en Nuer. C’était un si joli moment, le plus beau qui m’est arrivé cette semaine.

Kate et les jumeaux

Kate et les jumeaux