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Frustrations

Nous sommes toujours coincés, inondés, incapables de nous déplacer en voiture ou en bateau.

C’est déjà dimanche. Et une nouvelle semaine vient de s’écouler sans que les choses n’avancent vraiment. Nous sommes toujours coincés, inondés, incapables de nous déplacer en voiture ou en bateau. La logistique n’a pas réussi à organiser un cargo pour nous approvisionner, alors nous commençons à être à court de nombreux produits, comme l’oxygène, les aliments thérapeutiques, les tests de glucose, etc. sans visibilité aucune sur la date à laquelle nous pourrons être livrés.

Je pense que la rivière est à son maximum. L’eau est à environ 15 cm du bord, autrement dit nous sommes à 15 cm de l’inondation du camp, j’espère donc qu’elle n’ira pas plus haut. Apparemment, le niveau d’eau sur la route descend et demain notre coordonnateur terrain tentera de rejoindre Gambella pour rencontrer le chef de mission. Il y a une portion de route que la voiture ne peut pas emprunter alors ils vont tenter un « kiss » : notre voiture va aussi loin qu’elle le peut et une voiture part de Gambella et fait la même chose, puis vous parcourez à pied la distance qui vous sépare – ça prend environ une heure – pour vous retrouver. Mais à part cette tentative, il n’y a pas grand chose d’autre que nous puissions faire car nous avons interdiction d’aller sur un cargo et aucun moteur qui pourrait nous aider à utiliser notre bateau n’a encore été réparé, remplacé ou loué. La clinique mobile est vraisemblablement terminée à Jikow et à Moun car nous ne pouvons pas y aller sans bateau. Nous allons essayer de rejoindre Pul-Deng demain.

Jeudi, nous avons organisé une sorte de clinique dans le centre sanitaire de Ninenyang car ils sont à cours de médicaments et connaissent une épidémie de paludisme. La journée a été très longue. Le temps s’est réchauffé et il faisait plus de 40°C à l’ombre. Quand les gens ont entendu que nous étions là, ils se sont carrément rués sur nous, les bébés dans les bras ! J’ai passé ma journée à faire du tri, c’était très éprouvant. Nous avons annoncé que nous ne verrions que les cas anténataux et les enfants malnutris, mais plus de 1 200 personnes se sont présentées. Comme avec n’importe quelle nouvelle clinique, les gens vous pressent, vous tirent, vous attrapent et vous saisissent, font tout ce qu’ils peuvent pour attirer votre attention et être évalués. Je n’ai pas cessé de les faire s’aligner et je n’ai confié un ticket de passage qu’aux plus malades d’entre eux. Au final, environ 1 personne sur 8 a été vue. Pour le tri, je me suis contentée de longer la file en touchant les fronts, en regardant les paupières et en auscultant le rythme respiratoire, une évaluation purement visuelle. Nous avons vu 176 patients. 97 % étaient atteints du paludisme, 10 % des enfants souffraient de malnutrition sévère et 32 % de malnutrition aiguë.

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L'un de mes plus jeunes patients ©Kate Chapman

C’est relativement choquant si on considère que c’est le seul autre centre sanitaire en état de marche entre ici et Gambella, qu’il dessert une population nombreuse, et que, même si c’est encore la saison du paludisme, la saison de la famine a pris fin il y a deux mois.