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Philippines : les gens ont besoin de tout

Yann Libessart, membre de l’équipe d’urgence

Yann Libessart partage ces images de destruction et de chaos à son arrivée dans la ville de Tacloban frappée de plein fouet par le typhon. Grâce aux médicaments et à l’hôpital gonflable entièrement équipé qui devrait bientôt débarquer, les médecins MSF se préparent à apporter les premiers soins.

Les avions commerciaux ont enfin repris leurs vols réguliers entre Cebu et Tacloban. Même avant d’atterrir, le point de vue sur la côte est terrifiant. Pas une maison qui n’ait été détruite.

Des milliers de gens se sont rassemblés à l’aéroport, venant chercher de l’aide ou espérant simplement être évacués. Aucune panique.

Tacloban, sur l'île de Leyte. ©Yann Libessart/MSF

 

Les gens font la queue dans le calme alors que certains attendent là depuis déjà plusieurs jours. Quand les soldats jettent des barres de chocolat à la foule affamée, tout le monde essaie d’en attraper une mais sans aucune bagarre. Les soldats philippins sont incroyablement serviables et polis. En fait je ne me rappelle pas avoir jamais rencontré de soldats aussi sympas.

La foule essaye d'attraper des carres chocolatées envoyées par l'armée philippine. ©Yann Libessart/MSF

La solidarité est partout. Tout le monde partage le peu qu’il a encore. Les enfants jouent n’importe où, avec n’importe quoi. Je suis toujours stupéfait de voir comment les enfants réussissent à rester des enfants dans des situations si catastrophiques.

Le flux des survivants évacués croise celui des armées locales et étrangères, des ONG internationales et des journalistes qui viennent de tous les coins du globe. Personne ne sait où il dormira le soir même. On a réussi à trouver un coin dans un hôtel pour y passer la nuit.

Le chaos est partout. Ne serait-ce qu’atteindre le centre ville est en soi un défi. Les véhicules en état de marche et avec le plein d’essence sont vraiment difficiles à trouver. La plupart des gens se déplacent en rickshaws.

La ville de Tacloban est jonchée de poubelles et de sacs de cadavres. L’odeur est insupportable. Je partage un peu de mon baume du tigre avec ceux qui n’ont pas de masque pour se protéger de cette puanteur.

MSF cherche un terrain où monter son hôpital gonflable qui devrait arriver ce week-end par bateau. Ce matin, on a visité l’hôpital Béthany complètement abandonné et sévèrement endommagé. On espérait que ce soit la solution pour installer l’hôpital gonflable mais l’amoncellement de débris est tel que ça nous prendrait certainement des semaines à dégager. Alors on cherche encore.

Les informations sont extrêmement difficiles à obtenir même si le réseau de téléphone portable s’est un peu amélioré au cours de la journée. Les agences gouvernementales se démènent et sont très efficaces, tout comme les forces armées.

Il faut organiser un gigantesque système d’approvisionnement depuis Cebu. Nos médicaments et du matériel arriveront aujourd’hui par hélicoptère. Nos deux médecins devraient alors commencer à soigner les patients. Malheureusement, c’est déjà trop tard pour les traumatismes les plus graves dus au passage du typhon. Ceux qui n’avaient que quatre jours à vivre sont soit morts soit déjà évacués par avion. Ce qui nous importe maintenant, ce sont les blessures qui s’infectent et les urgences gynécologiques et obstétriques. A cause du manque d’eau potable, d’autres maladies liées à l’eau pourraient bientôt apparaître.

Les gens ont à peu près besoin de tout. Ici c’est la ville de Tacloban. J’ose à peine imaginer à quel point la situation doit être pire dans les régions plus isolées.

L'aéroport de Tacloban. ©Yann Libessart/MSF

 

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