La journée mondiale de la femme – à la manière congolaise

«Mama yambí – bienvenue à la maison !», me lance Bienvenu alors que j’arrive à Dingila. C’est aussi l’impression que j’ai – comme si je rentrais chez moi. J’enfourche mon vélo et je me rends à l’hôpital afin de visiter mes malades. Mais où est Pierrette ? L’infirmier me rassure: « On l’a déplacée. » Je la retrouve dans la maternité. Maintenant, elle a vraiment beaucoup de cheveux. Elle porte une petite robe rouge à pois blancs. Elle a l’air heureuse. On lui a retiré la sonde gastrique et le masque à oxygène. Elle respire tranquillement en tétant le mamelon de sa maman. Bravo, ma petite, tu es une battante!

Dingila , RD Congo, 08.03.2012

Le 8 mars, c’est la journée mondiale de la femme. Un jour de fête au Congo – pour les femmes. Depuis des semaines, les préparations tournent à plein régime.

Notre service de soins pour la maladie du sommeil affiche complet. Dans la première salle, les malades sont allongés sur des nattes de paille à même le sol. Ils se trouvent au premier stade de la maladie : on peut dépister les parasites dans le sang, mais ils ne présentent pas encore de symptômes. Chaque jour, ils reçoivent une injection intramusculaire dans la fesse. Le traitement dure huit jours et il est très douloureux. Après la piqûre, il faut qu’ils restent couchés pendant une heure parce qu’il y a des effets secondaires dont les plus communs sont l’hypotension et l’hypoglycémie. Je m’enquiers auprès d’une patiente : « Sangonini? » « Oui, ça va, » répond-elle courageusement. Après ça, les parasites devraient être éliminés pour de bon.

Dans la deuxième salle se trouvent les patients qui ont atteint le deuxième stade de la maladie. Les parasites ont traversé la barrière hémato-encéphalique du cerveau et les malades présentent des symptômes neurologiques. Le traitement intraveineux de deux semaines consiste en des perfusions de douze heures qui provoquent des effets secondaires parfois violents. Il faut surveiller les patients de manière rigoureuse. Dans le lit du fond, une femme maigre est assise, le regard vide, comme si elle n’était pas de ce monde. Une parente lui fait avaler une cuillerée de potage. Elle est arrivée trop tard chez nous, après plusieurs vaines tentatives d’un guérisseur. La maladie a atteint un stade très avancé, elle a touché le système nerveux central. Avec le traitement, nous pouvons enrayer la maladie, mais nous ne pouvons pas défaire les dommages neurologiques qu’elle a subis. C’est pour cela que la sensibilisation de la population et un traitement rapide sont très importants.

Le 8 mars, c’est la journée mondiale de la femme. Un jour de fête au Congo – pour les femmes. Depuis des semaines, les préparations tournent à plein régime. Je m’enveloppe d’un pagne confectionné exprès pour cette fête. Le gardien rit lorsqu’il me voit. « Tu l’as mal mis! » Notre cuisinière vient à mon secours et elle me serre tellement fort dans le tissu que j’en ai le souffle coupé. C’est comme ça que ça doit être. Des milliers de spectateurs sont venus pour regarder le cortège. MSF en fait partie. Sur notre banderole on peut lire: « Pour un meilleur accès des femmes aux soins de santé ». Juste devant nous, les boulangères de Dingila se préparent à défiler. Et puis, c’est à nous. Nous nous mettons en marche et avançons au même pas cadencé que les bonnes et les infirmières. La foule pousse des cris de joie. Le soir, la radio locale confirme : «  Les femmes blanches ont dansé comme de vraies Congolaises. » Voyez-vous ça !

Pendant la nuit, une forte tempête balaie Dingila. La pluie crépite contre les fenêtres, le vent siffle par les fentes et le tonnerre est si près qu’il fait trembler mon lit. Une branche de notre gigantesque manguier tombe dans le jardin avec fracas. Le lendemain, ma chambre est inondée d’eau. Mère nature se réjouit du rafraîchissement et les cochonnets grognent de satisfaction dans les flaques ocre.

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One Response to La journée mondiale de la femme – à la manière congolaise

  1. J’aime tellement ce que vous faites. Je suis un Camerounais , agé de 29 ans, titulaire d’une LICENCE en Histoire , option economie et sociale, diplomé en montage de projets. Dépuis des années, je me suis lancé à aider les populations qui sont dans le besoin, qui souffrent. Je le fais autours de moi, dans mon village aussi; quand j’ai decouvert votre site, j’étais tellement heureux et je suis tout ce que vous faites sur le terrain; pour cette raison, j(aimerais faire partir de votre équipe afin de mettre ma part de pierres dans la construction de l’édifice que vous etes entrain de batir.
    Merci