Bienvenue à Bendera!

Photo: Dieudonné Kongolo

Photo: Dieudonné Kongolo

Mon nom est Dieudonné Kongolo. Je suis Congolais et travaille comme médecin et humanitaire pour Médecins Sans Frontières depuis près de sept ans. J’ai vu le jour il y a près de 40 ans et habite le Katanga en République démocratique du Congo (RDC) avec ma femme et mes quatre jolies petites filles ayant hérité de la beauté de leur mère.

J’ai occupé successivement les fonctions de médecin traitant, de coordinateur médical adjoint, de coordinateur de projet, de chef de mission adjoint et enfin de chef d’équipe pour MSF à Bendera vers où je vous embarque pour partager jour après jour les péripéties de notre intervention médicale et humanitaire.

Bendera, localité située à 125 km de Kalemie dans le nord-est du Katanga en RDC, au fond d’une vallée surplombée d’imposantes montagnes verdoyantes coiffées de perpétuels nuages, est une des cités frontalières avec la province du Sud-Kivu. Elle héberge des mines d’or ainsi qu’un des plus grands barrages hydroélectriques de la SNEL (Société Nationale d’Électricité) en République démocratique du Congo et qui alimente une grande partie de la riche province cuprifère du Katanga.

Depuis plus d’un mois, l’équipe MSF s’affaire à reprendre de l’équipe d’urgence MSF à Bendera les activités médicales commencées par cette dernière en décembre, suite à un déplacement massif des populations arrivant par vagues du Sud-Kivu depuis octobre 2009. Ces déplacements ont été causés par les opérations militaires lancées par l’armée congolaise (FARDC) afin de pacifier la zone et la sécuriser contre les incursions des forces négatives en présence, à savoir les Forces de Libération du Rwanda (FDLR) et les Mai Mai, un groupe de dissidents congolais. Le nombre de ces déplacés internes est estimé à plus de 13 000 personnes qui se sont ajoutées à environ 10 000 habitants que dénombre Bendera.

Le projet MSF à Bendera s’étend sur 4 entités à savoir : Mahila, Bendera, Musakahite et Lambokatenga. Le projet consiste en soins de santé primaires et d’urgence aux déplacés internes ainsi qu’à la population locale. Le projet vient soutenir le centre de santé de Mahila avec plus de 70 consultations par jour et le poste de santé de la SNEL à Bendera avec une possibilité de prise en charge chirurgicale et de transfert des cas chirurgicaux urgents. En outre, MSF dirige deux cliniques mobiles à Lambokatenga et à Musakahite où près de 130 malades sont examinés à chaque passage dans les différents sites. On dénombre des cas de paludisme, d’infections respiratoires, de maladies sexuellement transmissibles et de malnutrition au sein de la population, beaucoup plus du côté des déplacés qui consultent le plus.

Préparer le départ

À la base de Lubumbashi, tout le monde est dans la fièvre du départ. Les journées sont partagées entre briefings, analyses des statistiques et consommations, préparation des commandes et des outils de collecte des données. L’équipe médicale forte de 2 médecins et 3 infirmiers est réunie pour un briefing médical et sécuritaire avant sa descente sur Bendera. Quelques protocoles de prise en charge sont passés en revue, les commandes sont finalisées, des contacts avec les autorités militaires à Lubumbashi sont planifiés.

À bord du land cruiser, nous nous rendons à l’aéroport Luano de Lubumbashi où nous nous envolons vers Kalemie, à 1 300 km de là. Nous avons plus de 125 km à parcourir avant d’atteindre Bendera. À cause des pluies torrentielles qui ne cessent de s’abattre sur la région, cela peut prendre entre 7 heures et 2 jours selon l’état de la route qu’on appelle « njiya ya shetani » en swahili, soit la « route de Satan » Juste un peu de courage et la partie sera gagnée!

Nous arrivons enfin à Bendera!

Le climat est bon, il n’a pas beaucoup plu la nuit. La route s’annonce plutôt moins pénible. 7 h 30 à la montre, les quatre mobiles en convoi, chargés de leur cargo et de 11 passagers affrontent durant 7 h 30 une route chaotique. Pendant des dizaines de minutes le trajet est interrompu par une succession d’embourbements et d’arrêts afin de mieux tâter avant de s’y lancer le terrain boueux, marécageux ou glissant sur des dizaines de kilomètres.

15 h 00, le convoi, exténué après plusieurs épreuves, atteint enfin Bendera. Nous traversons le premier village, Mahila, où enfants, jeunes et vieux sortent de leur maison ou de leur « repaire » de fortune en chaume ou en bâches en plastique selon qu’ils sont résidents de Bendera ou déplacés dans des familles d’accueil. Une lueur d’espoir dans les yeux, ils acclament les quatre voitures MSF toutes couvertes de boue. Les plus jeunes nous accompagnent sur une bonne distance en courant avant de laisser le convoi évoluer vers sa base située dans le village voisin, Bendera, à seulement quelques minutes de route. Incertains de la situation dans leur contrée d’origine, ils ne peuvent retourner chez eux de sitôt, et notre arrivée ne fait que les réconforter.

Un accueil chaleureux nous est aussi réservé par le reste de l’équipe MSF basée à Bendera depuis décembre 2009. Accolades, embrassades, retrouvailles et rires sont au rendez-vous.
Pas une seule minute à perdre : après un repas copieux, une douche rapide, la passation de responsabilités commence déjà entre les deux équipes dont l’une n’a plus que trois jours à passer sur place.

La soirée se clôture par un point du jour reprenant les activités menées au cours de la journée et celles planifiées pour le jour suivant.

Passer le flambeau

La journée commence tôt le matin, à 5 h 30. Quelques membres de l’équipe sont déjà sortis de leur lit de camp et de leur tente pour un jogging afin de se mettre en forme et commencer la journée qui s’annonce fort chargée.

C’est le troisième jour d’activités, et les préparatifs de départ s’amorcent pour l’équipe d’urgence de Bendera de qui nous prenons la relève. Pour une équipe, c’est le moment de se présenter aux autorités locales, et pour l’autre le moment de leur dire au revoir. Bendera étant une zone opérationnelle, il est primordial de maintenir le contact avec les autorités politique, administratives et militaires.

Nous passons le reste de la journée à visiter les structures sanitaires, à observer un cours de formation sur la stérilisation et une passation de pouvoirs entre les différents membres du personnel MSF. C’est aussi le moment de finaliser l’inventaire dans la pharmacie et de préparer tout le nécessaire pour les cliniques mobiles qui, dans le courant de la semaine, parcourront les villages de Musakahite et Lambokatenga, respectivement à 13 km et 21 km de notre base.

La poursuite des opérations est très bien accueillie. Les déplacés et la communauté ne se sentent pas délaissés mais ont plutôt foi en un avenir meilleur.

Au travail!

En début de matinée, l’équipe d’urgence MSF, au terme de son intervention, vient dire au revoir et retourne à Lubumbashi. Notre équipe MSF reprend les rennes et poursuivra la mission.

Au travail! Il est 7 h 35. 2 mobiles en convoi quittent la base à destination de Musakahite pour y mettre en place la première clinique mobile. Une heure de route aura suffi pour atteindre le site où des dizaines de malades attendent notre arrivée. Une partie de la nouvelle équipe se dirige vers le village. Un dispensaire en bâches en plastique a été érigé. 101 malades, résidents et déplacés, sont examinés ce jour-là, à leur grande satisfaction.

Une autre équipe est restée au centre de santé de Mahila pour superviser les consultations, faire le tour des salles et voir les équipes de relais communautaires qui sensibilisent tant la population de Mahila que les villages environnants sur les soins de santé primaires et sur l’hygiène.

À 19 h, je suis appelé pour une urgence : une femme ayant besoin d’une césarienne d’urgence. Toute l’équipe se mobilise pour éclairer le bloc opératoire qui se trouve presque dans l’obscurité. Générateur, câbles électriques, ampoules et projecteur sont acheminés de la base au centre de santé dans un bref laps de temps. La mère et l’enfant sont sauvés…

4 Responses to “Bienvenue à Bendera!”

  1. Marika Daganaud Says:

    Bonne chance dans ta mission Dieudonne!
    Je suis vraiment contente de te voir bloguer sur ta mission sur le site de MSF Canada ;) quelle chance de te lire! On se recroisera peut-etre en RDC, car j’y retourne bientot…

    Toutes les bonnes choses et aurevoir!
    Marika Daganaud

  2. Andrew Says:

    Cher Docteur,

    Je vous felecite de vos dedication, service et altruisme. Je suis a votre demande de votre expertise pour le DRC. Je voudrais savoir si dans votre rencontre de patient dans les region de Katanga, avez vous observer beaucoup de cas clinique de Filiriasis, Loa-loa, et Onchoceriasis. Si vous avez des statistics pour votre domaine ou dont je pourrais m’addresse a quelqun dans votre organisation, ca m’aiderais enormement. Je vous remerci d’avance.

    Je vous souhaite bonne journee.

    Veuillez vous accepter mes meilleurs sentiment les plus distinguer.

    Andrew

  3. Shauna Sturgeon Says:

    Docteur Dieudonne!!

    Regarde qui j’ai retrouve sur ce site et loin de Lubumbashi! Moi je viens juste de rentrer de L’shi hier.

    Et pourtant je croyais que la route qui s’appellait “njiya ya shetani” etait entre Kilwa et Kasongo Mwana!

    Courage et toutes les bonnes choses!

    Shauna

  4. louis mulasi Says:

    merci bcp Dr pour le service rendu et votre devouement .
    oui la population congolaise a besoin de vous.
    merci Dr et bon travail et surtout bon courage