Bienvenue à Bendera!

April 19th, 2010 by Dr. Dieudonné Kongolo
Photo: Dieudonné Kongolo

Photo: Dieudonné Kongolo

Mon nom est Dieudonné Kongolo. Je suis Congolais et travaille comme médecin et humanitaire pour Médecins Sans Frontières depuis près de sept ans. J’ai vu le jour il y a près de 40 ans et habite le Katanga en République démocratique du Congo (RDC) avec ma femme et mes quatre jolies petites filles ayant hérité de la beauté de leur mère.

J’ai occupé successivement les fonctions de médecin traitant, de coordinateur médical adjoint, de coordinateur de projet, de chef de mission adjoint et enfin de chef d’équipe pour MSF à Bendera vers où je vous embarque pour partager jour après jour les péripéties de notre intervention médicale et humanitaire.

Bendera, localité située à 125 km de Kalemie dans le nord-est du Katanga en RDC, au fond d’une vallée surplombée d’imposantes montagnes verdoyantes coiffées de perpétuels nuages, est une des cités frontalières avec la province du Sud-Kivu. Elle héberge des mines d’or ainsi qu’un des plus grands barrages hydroélectriques de la SNEL (Société Nationale d’Électricité) en République démocratique du Congo et qui alimente une grande partie de la riche province cuprifère du Katanga.

Depuis plus d’un mois, l’équipe MSF s’affaire à reprendre de l’équipe d’urgence MSF à Bendera les activités médicales commencées par cette dernière en décembre, suite à un déplacement massif des populations arrivant par vagues du Sud-Kivu depuis octobre 2009. Ces déplacements ont été causés par les opérations militaires lancées par l’armée congolaise (FARDC) afin de pacifier la zone et la sécuriser contre les incursions des forces négatives en présence, à savoir les Forces de Libération du Rwanda (FDLR) et les Mai Mai, un groupe de dissidents congolais. Le nombre de ces déplacés internes est estimé à plus de 13 000 personnes qui se sont ajoutées à environ 10 000 habitants que dénombre Bendera.

Le projet MSF à Bendera s’étend sur 4 entités à savoir : Mahila, Bendera, Musakahite et Lambokatenga. Le projet consiste en soins de santé primaires et d’urgence aux déplacés internes ainsi qu’à la population locale. Le projet vient soutenir le centre de santé de Mahila avec plus de 70 consultations par jour et le poste de santé de la SNEL à Bendera avec une possibilité de prise en charge chirurgicale et de transfert des cas chirurgicaux urgents. En outre, MSF dirige deux cliniques mobiles à Lambokatenga et à Musakahite où près de 130 malades sont examinés à chaque passage dans les différents sites. On dénombre des cas de paludisme, d’infections respiratoires, de maladies sexuellement transmissibles et de malnutrition au sein de la population, beaucoup plus du côté des déplacés qui consultent le plus.

Préparer le départ

À la base de Lubumbashi, tout le monde est dans la fièvre du départ. Les journées sont partagées entre briefings, analyses des statistiques et consommations, préparation des commandes et des outils de collecte des données. L’équipe médicale forte de 2 médecins et 3 infirmiers est réunie pour un briefing médical et sécuritaire avant sa descente sur Bendera. Quelques protocoles de prise en charge sont passés en revue, les commandes sont finalisées, des contacts avec les autorités militaires à Lubumbashi sont planifiés.

À bord du land cruiser, nous nous rendons à l’aéroport Luano de Lubumbashi où nous nous envolons vers Kalemie, à 1 300 km de là. Nous avons plus de 125 km à parcourir avant d’atteindre Bendera. À cause des pluies torrentielles qui ne cessent de s’abattre sur la région, cela peut prendre entre 7 heures et 2 jours selon l’état de la route qu’on appelle « njiya ya shetani » en swahili, soit la « route de Satan » Juste un peu de courage et la partie sera gagnée!

Nous arrivons enfin à Bendera!

Le climat est bon, il n’a pas beaucoup plu la nuit. La route s’annonce plutôt moins pénible. 7 h 30 à la montre, les quatre mobiles en convoi, chargés de leur cargo et de 11 passagers affrontent durant 7 h 30 une route chaotique. Pendant des dizaines de minutes le trajet est interrompu par une succession d’embourbements et d’arrêts afin de mieux tâter avant de s’y lancer le terrain boueux, marécageux ou glissant sur des dizaines de kilomètres.

15 h 00, le convoi, exténué après plusieurs épreuves, atteint enfin Bendera. Nous traversons le premier village, Mahila, où enfants, jeunes et vieux sortent de leur maison ou de leur « repaire » de fortune en chaume ou en bâches en plastique selon qu’ils sont résidents de Bendera ou déplacés dans des familles d’accueil. Une lueur d’espoir dans les yeux, ils acclament les quatre voitures MSF toutes couvertes de boue. Les plus jeunes nous accompagnent sur une bonne distance en courant avant de laisser le convoi évoluer vers sa base située dans le village voisin, Bendera, à seulement quelques minutes de route. Incertains de la situation dans leur contrée d’origine, ils ne peuvent retourner chez eux de sitôt, et notre arrivée ne fait que les réconforter.

Un accueil chaleureux nous est aussi réservé par le reste de l’équipe MSF basée à Bendera depuis décembre 2009. Accolades, embrassades, retrouvailles et rires sont au rendez-vous.
Pas une seule minute à perdre : après un repas copieux, une douche rapide, la passation de responsabilités commence déjà entre les deux équipes dont l’une n’a plus que trois jours à passer sur place.

La soirée se clôture par un point du jour reprenant les activités menées au cours de la journée et celles planifiées pour le jour suivant.

Passer le flambeau

La journée commence tôt le matin, à 5 h 30. Quelques membres de l’équipe sont déjà sortis de leur lit de camp et de leur tente pour un jogging afin de se mettre en forme et commencer la journée qui s’annonce fort chargée.

C’est le troisième jour d’activités, et les préparatifs de départ s’amorcent pour l’équipe d’urgence de Bendera de qui nous prenons la relève. Pour une équipe, c’est le moment de se présenter aux autorités locales, et pour l’autre le moment de leur dire au revoir. Bendera étant une zone opérationnelle, il est primordial de maintenir le contact avec les autorités politique, administratives et militaires.

Nous passons le reste de la journée à visiter les structures sanitaires, à observer un cours de formation sur la stérilisation et une passation de pouvoirs entre les différents membres du personnel MSF. C’est aussi le moment de finaliser l’inventaire dans la pharmacie et de préparer tout le nécessaire pour les cliniques mobiles qui, dans le courant de la semaine, parcourront les villages de Musakahite et Lambokatenga, respectivement à 13 km et 21 km de notre base.

La poursuite des opérations est très bien accueillie. Les déplacés et la communauté ne se sentent pas délaissés mais ont plutôt foi en un avenir meilleur.

Au travail!

En début de matinée, l’équipe d’urgence MSF, au terme de son intervention, vient dire au revoir et retourne à Lubumbashi. Notre équipe MSF reprend les rennes et poursuivra la mission.

Au travail! Il est 7 h 35. 2 mobiles en convoi quittent la base à destination de Musakahite pour y mettre en place la première clinique mobile. Une heure de route aura suffi pour atteindre le site où des dizaines de malades attendent notre arrivée. Une partie de la nouvelle équipe se dirige vers le village. Un dispensaire en bâches en plastique a été érigé. 101 malades, résidents et déplacés, sont examinés ce jour-là, à leur grande satisfaction.

Une autre équipe est restée au centre de santé de Mahila pour superviser les consultations, faire le tour des salles et voir les équipes de relais communautaires qui sensibilisent tant la population de Mahila que les villages environnants sur les soins de santé primaires et sur l’hygiène.

À 19 h, je suis appelé pour une urgence : une femme ayant besoin d’une césarienne d’urgence. Toute l’équipe se mobilise pour éclairer le bloc opératoire qui se trouve presque dans l’obscurité. Générateur, câbles électriques, ampoules et projecteur sont acheminés de la base au centre de santé dans un bref laps de temps. La mère et l’enfant sont sauvés…

Welcome to Bendera!

April 19th, 2010 by Dr. Dieudonné Kongolo
Photo: Dieudonné Kongolo

Photo: Dieudonné Kongolo

My name is Dr. Dieudonné Kongolo, and I am a Congolese doctor and humanitarian who has been working with Médecins Sans Frontières (MSF) for almost 7 years. I was born almost 40 years ago and live in Katanga, in the Democratic Republic of Congo (DRC), with my wife and four young daughters who have all inherited their mother’s beauty.

I have held a succession of positions at MSF which include attending physician, assistant medical coordinator, project coordinator, assistant head of mission, and finally team leader in Bendera where I am taking you to give you a picture of the day-to-day activities involved with our medical and humanitarian work.

Bendera is a town located 125 km from Kalemie, in the northeast part of Katanga in DRC, at the bottom of a valley towered over by imposing green mountains constantly ringed by clouds; it is one of the cities bordering on South Kivu province. It has gold mines and one of the largest hydroelectric dams owned by SNEL (Société nationale d’électricité en République démocratique du Congo), which supplies electricity to a major portion of the copper-rich province of Katanga.

For more than a month the MSF team has been getting ready to take over the medical operations begun by the MSF emergency unit in Bendera in December following a massive displacement of people arriving in waves from South Kivu since October 2009. This displacement was caused by the military operations launched by the Congolese army (FARDC) to bring peace to the area and secure it against incursions from opposing forces, namely the FDLR (Forces de Libération du Rwanda) and the Mai Mai, a group of Congolese dissidents. The number of internally displaced persons is estimated at over 13,000; these are in addition to the approximately 10,000 permanent inhabitants of Bendera.

The MSF Bendera project covers four locations: Mahila, Bendera, Musakahite and Lambokatenga. The project involves primary and emergency health care for internally displaced persons and the local population. The project supports the Mahila health centre, which has over 70 consultations per day, and the SNEL health station in Bendera, which is set up to handle surgery cases and to which emergency surgery cases are referred. It also puts on two mobile clinics, in Lambokatenga and Musakaite, where close to 130 patients are seen each time. Types of illnesses seen in the local population include malaria, respiratory infections and sexually transmitted diseases, along with cases of malnutrition, much more so among the displaced persons, who are the most frequent visitors.

Preparing for departure

At the MSF base in Lubumbashi, everyone is feverishly preparing to depart. The days are spent in briefings, analyzing statistics and refreshments, preparing orders and data-collection tools. The medical team of 2 doctors and 3 nurses meet for a medical and security briefing before going on to Bendera; a number of control protocols are reviewed, the orders finalized, and contacts with the military authorities planned.

We take a landcruiser to Luano airport in Lubumbashi and fly to Kalemie, a journey of 1,300 km. To get to Bendera from there, we have over 125 km to cover overland which can take 7 hours or 2 days depending on the condition of the road following the heavy rains that have continued to thrash the region. The road is known as njiya ya shetani in Swahili which means the Devil’s highway. Just a little more perseverance and the battle will be won!

We finally reach Bendera!

The weather is good. It did not rain very much during the night. The road looks to be not quite so bad. At 7:30 a.m. exactly, the four mobile units head out, loaded with their cargos and 11 passengers for the 7 and a half hour trip along the chaos-filled road. For dozens of minutes at a time the trip is interrupted by a series of stops to clear off the mud and size up the situation before venturing on through the muddy, swampy or slippery terrain for dozens of kilometres.

3:00 p.m.: The convoy, exhausted after numerous incidents, finally reaches Bendera! We cross through the first village, Mahila, where infants, children and old people come out of their houses or their makeshift dwellings made of thatch or plastic tarps, depending on whether they are actual residents of Bendera or have been displaced; with a glint of hope in their eyes, they cheer the arrival of the four mud-laden MSF vehicles. The youngest of them follow us for a while, running on ahead before dropping back to allow the convoy to reach its base in the neighbouring village of Bendera, just a few minutes’ drive away. Uncertain of the situation in their own villages, they cannot yet return home, and our arrival only brings them comfort.

We were also warmly welcomed by the rest of the MSF team that has been based in Bendera since December 2009. Accolades, hugs, greeting old friends and laughter are evident everywhere.

There is not a single minute to waste: after a hearty meal and a quick shower, the handover from one team to another begins; only one team will be on site for three days. The evening ends with a briefing on the day’s activities and those that are planned for the following day.

Handing over

The day starts early. At 5:30 a.m. several members of the team are already up and out jogging as they attempt to keep themselves in shape physically in order to be better able to face what looks to be a heavy day ahead.

This is already the third day of activities and preparations start for the departure of our colleagues from the emergency unit that have been in Bendera and from whom we are taking over. The time has come for one team to introduce themselves to local officials and for the other to say good-bye to them. It is important to maintain contacts with the political, administrative and military authorities as Bendera is an operations zone.

The rest of the day is taken up with a visit to the sanitary facilities, a training course on sterilization and a handover among the various members of the MSF staff. It is also time to finalize the pharmacy inventory and get everything ready for the mobile clinics that will be held during the week in the villages of Musa Kaite and Lambo Katenga, which are 13 km and 21 km, respectively, from our base.

The ongoing MSF operations are well-received. Displaced persons and locals alike do not feel abandoned, but instead have faith in a better future. We get to work!

Early in the morning the MSF emergency unit, having come to the end of its stay, says their good-byes and returns to Lubumbashi; our MSF team officially takes over and continues the mission.

Okay, time to get to work! At 7:35 a.m. 2 mobile units leave the base in a convoy, headed for Musa Kaite to set up the first mobile clinic there. It should take us an hour to reach the site where dozens of patients await our arrival. One part of the new team heads toward the village. A plastic tarpaulin dispensary is set up: 101 patients—residents and displaced persons—were seen today, to their great satisfaction.

Another team stayed in Mahila at the health centre to supervise consultations, do the rounds and supervise the community relay teams who provide information to both the village of Mahila and others in the area regarding primary health care and hygiene.

At 7:00 p.m. I am called to an emergency: a woman urgently in need of a C-section. The entire team mobilizes to light the operating field which is in near total darkness —a generator, electrical cables, lights and projector are all brought quickly to the health centre base. The mother and baby are saved …