Archive for August, 2009

Scènes de la vie quotidienne…ou La Petite Vie!

Saturday, August 15th, 2009

- « Bonjour! Papa Denis! Saulanga? »  

 - « Biampé! Maman Neshila! »

Telles sont les salutations échangées entre moi et notre ménagère chaque matin, sans parler des lumineux sourires accompagnant ces simples mots. C’est à mon avis,  un des grands charmes de la vie à Shamwana :  les gens se saluent continuellement et s’interpellent souvent par le terme « Papa » ou « Maman »!  Que ce soit entre congolais et expat, jeune et vieux, homme et femme, ainsi vont les interpellations réciproques!  L’utilisation de ce terme a une connotation très chaleureuse, affectueuse presque. Ce qui fait que les simples salutations sont immédiatement empreintes de proximité et de chaleur humaine.  L’usage de « papa » et  « maman » révèle aussi toute l’importance de la famille dans la culture congolaise, et de la pression sociale en faveur du mariage et de la nécessité de faire des enfants. Cela se manifeste très clairement lorsque, par exemple, un nouvel expat doit se présenter à tout le monde pour la première fois, lors du meeting matinal quotidien.  La question qui lui est posée invariablement par les membres du staff national (la seule qui les intéresse vraiment!) c’est : «  Quel est ton statut marital, et combien as-tu d’enfants? » C’est un fait, les célibataires sont peu nombreux ici, et font souvent figure de « bibittes rares ».

Kabala, fief de Gédéon

Saturday, August 15th, 2009

 Kabala, petit village à 1 ½ heures de route d’ici. Kabala, le fief de Gédéon, le chef des milices Maï-Maï, aujourd’hui écroué dans une cellule à Lubumbashi.  Cette région a été le siège des pires affrontements entre les Maï-Maï et l’armée congolaise il y a trois ans.  Les Maï-Maï… Ces terribles milices responsables  des pires massacres imaginables. Aux croyances traditionnelles et magiques, censées conférer l’invincibilité à ses adeptes. Aux pratiques cannibales également…    De nombreux  villageois recevant les services de l’équipe de santé mentale souffrent encore de flashbacks résultant  des atrocités dont ils ont été témoins durant  cette période, commises tant par les Maï-MaÏ que par l’armée congolaise.  Un homme  témoigne :  «  Les Maï-Maï  sont arrivés chez mon voisin et ont commencé à le battre; finalement, ils l’ont tué et lui ont arraché le cœur pour le manger » Une villageoise de Monga, le village d` à côté, témoigne encore : «  Les soldats avaient creusé un énorme trou comme prison;  on y entassait les gens soupçonnés de collaborer avec Gédéon ; on fermait  le trou avec des tôles sur lesquelles on versait des braises brûlantes, pour  torturer les gens.  Après, on retirait les prisonniers pour les exécuter froidement, là, sous le grand manguier »

Kabala, fief de Gédéon

Kabala, fief de Gédéon

Kabala. Un village défait. Presque toutes les maisons sont misérables, faite de paille, en mauvais état. Les gens également  sont défaits : c’est la première fois où  je rencontrais un gars saoûl en plein après-midi. Un agent focal – un travailleur de santé communautaire-  nous amène Carine et moi chez une famille dont la femme est épileptique et refuse de se faire soigner.

Nous découvrons une pauvre hutte, une femme faible affalée par terre, un enfant en bas âge couché sur une natte, un mari visiblement  émèché ou « stoned » – le cannabis est fort courant par ici- qui enligne excuse sur justification pour ne pas emmener sa femme au Centre de Santé voisin.  La décrépitude du village contraste avec la beauté des alentours : tout autour, se profilent  de belles montagnes comparables à celles de nos Laurentides, le ciel est clair, la lumière est vive et éblouissante, la végétation se décline dans les teintes de vert et de fauve, car nous sommes encore en saison sèche. Après notre tournée de consultation individuelle avec quelques villageois, Carine et moi ramènerons finalement trois malades de Kabala pour consultation médicale à l’hôpital de Shamwana.

Kabala. Une des « zones sinistrées » ayant été le plus touchée, et étant encore très défaite par les traumatismes de la guerre. Que faire de plus pour rejoindre cette population, si isolée, au tissu social déchiré? Autre sujet de réflexion avec mon équipe de conseillers et avec l’équipe des expats.

“Party time in Shamwana!”

Thursday, August 6th, 2009

 Samedi passé, c’était jour de fête ! Avec le départ de tout expat á la fin de sa mission, s’ enclanche un véritable rituel,  prévisible et immuable comme le jour qui se lève : l’organisation de la fête de départ, le « farewell party ».

Car c’est toute une organisation : les invitations, avoir de la boisson pour tout le monde – je ne vous ai pas encore parlé des cauchemars d’approvisionnement –  acheter deux chèvres pour la bouffe, préparation des discours, et surtout, respect du protocole!

Etrange party congolais. Imaginez la scène : dans la grande cour de la base, des bancs de bois disposés en carré, où s’entassent les quelques 60 invités : membres du staff, les notables du village, dont notre incontournable « cheuf » de groupement, ainsi que quelques amis du fêté, sans oublier les quelques expats de Concern, l’autre ONG opérant dans le village. Sur un côté de ce vaste carré, trône le bar et le système de son : un « ghetto blaster » bancal, branché à une T.V. pour visionner des DVD de musique congolaise.

Protocole congolais

Protocole congolais

Le party est officiellement ouvert par le Président du comité de préparation de la fête, qui fera lecture officielle du programme officiel de la soirée : discours officiel du Project Coordonnator (P.C.), suivi du discours officiel du médecin chef de l’hôpital,  suivi du discours on ne peut plus officiel du superviseur du service de l`expat  en question, sans oublier le discours officiel du « cheuf » de groupement, pour finalement laisser la parole au jubilaire lui-même pour livrer son discours officiel d’adieu!

Vous aurez compris que le protocole et la hiérarchie sont trrrrès importants au Congo.

La fête se poursuivra, tant bien que mal, par une remise de cadeaux au fêté, puis par la distribution de la bouffe : riz et trippes de chèvre en sauce, pour le staff national, et riz et brochettes de chèvre pour les expats!  J’étais assis, naivement, avec l’ensemble du staff congolais sur mon banc de bois, mon assiette à la main, et attendant la ration distribuée par deux membres du staff. Arrivés à ma hauteur, on m’a bien fait savoir qu’il n’était pas question que je mange les tripes en sauce, et d’attendre un peu plus tard où on servirait les expats avec les brochettes! ( réputé être le meilleur plat) Quand je vous disais que la hiérarchie est importante!

Je vous avoue que cela m’a heurté passablement, ce « favoritisme », d’autant plus que les maudites brochettes étaient absolument immangeables (et je ne suis pas difficile! ), et que les tripes en sauce, ceci dit, avaient l’air bien appétissantes, quoiqu’il aurait fallu manger avec les doigts à l’africaine, car par d’ustensile pour les congolais! Une autre particularité de ces partys d’adieu : toutes les dépenses sont aux frais de…ceux qui partent!  Mais bon, s’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait pas de fête.

C`est la fête, enfin!!!

C`est la fête, enfin!!!

Mais finalement, on a eu ben du fun! La boisson s’est mise à couler, les gens à se dégeler à la faveur des tam-tams du groupe musical local et du son approximatif du système de son crachant sa musique congolaise. Belle occasion de faire la fête, de se rencontrer entre expats et staff national dans un autre contexte que le travail

Mais bon Dieu, que la hiérarchie et le protocole sont importants ici, ce qui n’est pas sans avoir des impacts dans mon travail. Mais ça, ce sera pour une autre fois!