Cours élémentaire sur le traitement des brûlures

Dans mon post précédent, je mentionnais deux enfants souffrant de brûlures. L’hôpital est un centre de référence local pour le traitement des brûlures avec une unité dédiée de 13 lits. Nous traitons un nombre relativement important de brûlures et réalisons la plupart des changements de pansement au bloc, pour deux raisons essentielles : le contrôle de la douleur et la stérilité. J’ai changé les pansements de deux jeunes filles la semaine passée. Je suis heureux de vous informer que toutes deux ont presque complètement guéri de leurs brûlures et rentreront chez elles d’ici quelques jours.

Les brûlures par contact (lésions cutanées provoquées par un objet chaud) sont généralement classées en fonction de la profondeur et de l’étendue de la blessure : brûlure au premier, deuxième ou troisième degré. Les coups de soleil sont des brûlures au 1er degré. Toute brûlure qui se traduit par une cloque remplie de fluide est une brûlure au 2ème degré. Si une brûlure au 2ème degré est peu profonde, il faut compter 3 semaines de guérison (avec des soins appropriés) ; on parle alors de brûlure au 2ème degré superficielle. Après une à trois semaines, la surface à vif de la peau brûlée commence à former de petites parcelles de peau régénérée, plus techniquement appelées « bourgeons de peau », gages de guérison. Parfois, une brûlure au 2ème degré est si profonde que la peau cicatrisera sans se régénérer. On parle alors de brûlure au 2ème degré profonde. Une brûlure au 3ème degré endommage entièrement l’épaisseur de la peau. Lorsque la peau subit ce type de dommage, elle présente l’apparence d’une pellicule blanche, que l’on peut comparer à du cuir. La région brûlée n’est généralement pas douloureuse car les terminaisons nerveuses ont été endommagées.

Greffe de peau suite à une brûlure au troisième degré, hôpital de Rutshuru

La plupart des brûlures que nous recevons ici sont des brûlures au 2ème degré, dues en grande partie à des accidents domestiques causés par des casseroles d’eau bouillante. La difficulté est d’identifier la profondeur de la brûlure, puis de veiller à ce qu’elle ne s’infecte pas en guérissant (une brûlure superficielle au 2ème degré infectée se transformera en une brûlure plus profonde qui empêchera le renouvellement de la peau), tout en contrôlant la douleur. L’alimentation est un facteur déterminant pour favoriser la guérison. Comme toutes les unités de grands brûlés que j’ai visitées ou dans lesquelles j’ai travaillé, Rutshuru suit un certain nombre de protocoles pour la nutrition, le contrôle de la douleur et le changement de pansements. Pour les patients qui présentent d’importantes brûlures, le changement des pansements se fait au bloc, sous anesthésie (kétamine) selon une routine bien établie : retrait des vieux pansements avec des gants non stériles, pose de gants stériles et positionnement d’un champ stérile sous la partie du corps où se trouve la brûlure. Les brûlures sont nettoyées avec une solution de Bétadine 4%, rincées avec du sérum physiologique stérile et séchées soigneusement. Une nouvelle paire de gants stériles est utilisée pour les étapes suivantes : pose de pommade sulfadiazine, gaze imprégnée de vaseline et tampons de gaze stérile, le tout maintenu avec un pansement stérile. Le processus est efficace et l’équipe, expérimentée. Et, comme dans mes souvenirs d’internat en service de brûlés, la moindre entorse au protocole suscite un regard de la part du personnel soignant qui semble dire « Mais que fais-tu ? Tu ne sais donc pas traiter une brûlure ? »

Lors de ma première semaine ici, une des infirmières congolaises expliquait qu’ils recevaient probablement plus de patients brûlés en RDC qu’aux États-Unis parce que tout le monde fait bouillir l’eau ou cuisine au raz du sol. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec elle. D’après mon expérience, les enfants aux États-Unis ont la même tendance à être attirés par le danger et ont la fâcheuse manie de saisir une poêle sur le feu au risque de se brûler le bras et la moitié du buste. Par ailleurs, il me semble que les enfants aiment se courir après – de préférence à l’endroit où l’on cuisine – partout dans le monde, que ce soit près d’un brasero à ciel ouvert ou dans une cuisine intérieure. La RDC présente effectivement le danger des flammes sans protection mais les États-Unis ont leur lot de grilles de propane, fers à repasser électriques et fers à friser que des mains curieuses n’hésitent pas à attraper. L’équation enfants–brûlures relève de facteurs universels qui n’a que faire des différences culturelles.

Cuisine à ciel ouvert - Rutshuru

Cuisine à ciel ouvert - Rutshuru

Pour ce qui est de la prise en charge, il y a quelques différences entre Rutshuru et l’expérience que j’ai pu avoir dans mon pays. Ici, nous changeons les pansements tous les deux jours ; un intervalle plus long que celui pratiqué dans la plupart des unités américaines, pour des pansements à la sulfadiazine. Certaines unités de traitement des brûlures aux États-Unis ont remplacé ce type de pansements par des pansements biosynthétiques, qui imitent mieux la fonction naturelle de la peau mais peuvebt être onéreux. A Rutshuru, les changements de pansements sont davantage pratiqués au bloc car certains équipements de surveillance manquent ou parce que le personnel n’est pas assez nombreux pour assurer le contrôle de la douleur et effectuer le pansement. Malgré ces différences, l’objectif reste le même : traiter le patient avec un pansement efficace, contrôler la douleur et assurer une bonne alimentation, éviter les infections et effectuer une greffe de la peau si nécessaire (éviter de greffer un patient qui peut guérir seul). La contrainte étant de réaliser tout cela dans les limites de votre budget et des ressources de l’hôpital afin de conserver une unité de grands brûlés fonctionnelle, car tant qu’il existera des enfants et de l’eau bouillante, les hôpitaux recevront des patients brûlés. C’est aussi simple (ou compliqué) que cela.

Voila en quelques phrases les rudiments de la gestion d’une unité de grands brûlés sur le long terme. J’aimerais pouvoir résumer ainsi le fonctionnement de la RDC. Je vous expliquerai la prochaine fois pourquoi cela est absolument impossible !

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One Response to Cours élémentaire sur le traitement des brûlures

  1. roger bilodeau says:

    bonjour je vous li avec grande interet car ma fille s occupe de l hygiene dans une hospital au congo ..a baraka elle fait parti de msf et elle se doit de composee avec les moyen du bord ..comme je vous trouve tous courageux ..sa demande beaucoup d imagination pour aider le plus possible …il y a encore du bon monde dans le monde sa nous permet de garder espoir ..bravo