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Un petit voyage à Kathmandu

Saturday, May 17th, 2008

Après 10 jours de repos, ma douleur au genou persistait alors on a décidé que je devais aller à Kathmandu pour voir un spécialiste. Comme mon travail comporte beaucoup de marche en montagne, vaut mieux savoir ce qu’il en est et tenter de savoir si je peux partir en « Outreach » prochainement. Mais le voyage vers Kathmandu n’est pas simple. Avec mon genou blessé, je ne peux pas marcher toute une journée pour me rendre au véhicule avant de faire les 12 heures de voiture puis le vol en avion pour finalement arriver à Kathmandu. Alors on a trouvé une solution :  je suis partie à dos de cheval.

J’ai quitté le projet jeudi, le 8 mai à 7h15, avec des membres de l’équipe de coordination qui étaient venus nous visiter. Le cheval, et son « chauffeur », sont arrivés en retard car ils sont allés à Manma pour prendre une selle. Mais LA selle est brisée…  Alors ils ont mis 5 couvertures pliées en deux sur le dos du cheval et ont manigancé une espèce de selle avec de la corde.  Je dois dire que j’ai été plutôt étonnée par cette selle de fortune et son pseudo-confort. Mais après avoir passé 10 heures à me faire « cogner le derrière » sur le dos d’un cheval assez amaigri, j’avais une certaine partie de mon anatomie un peu endolorie. 

a dos de cheval

Il serait difficile et un peu dangereux de se promener à cheval sur le sentier de marche.  Alors nous sommes descendus par la route. Nous avons mis 10 heures, sous le chaud soleil, pour rejoindre notre véhicule. La descente à dos de cheval s’est bien passée.  Le cheval était très calme, il ne réagissait pas du tout aux bruits des klaxons, ni aux aboiements des chiens. Son maître l’a bien dirigé et il l’a bien nourri au cours de cette dure journée de labeur. Il avait apporté du maïs dans son sac à dos et il lui trouvait du feuillage sur la route.

Nous avons roulé pendant une demi-heure pour s’arrêter à un hôtel-restaurant.  Mais là, faut pas vous imaginer le Holiday Inn!  C’est un bon hôtel pour la région.  On a eu droit à une chambre pour les dames (nous étions deux) et une pour les hommes (deux également).  Un bon lit ferme qui ressemble plus à une table qu’à un lit, l’eau courante dans la rivière qui passe pas loin de l’hôtel et une toilette sèche à l’extérieur.  La toilette est un luxe dans les régions du Népal car la plupart des petits villages n’ont que des toilettes à aire ouverte, c’est-à-dire que les gens font ça à peu près n’importe où (et je n’exagère pas, ils n’ont même pas de lieu désigné).  Avant d’aller dormir, les gars nous ont préparé un curry de poulet.  Je n’avais pas mangé de viande depuis 6 semaines!  Ouais, j’ai dit que c’était un restaurant aussi, mais nos amis népalais aiment bien cuisiner et ils préfèrent préparer la viande eux-mêmes.  C’était délicieux!

J’ai très bien dormi, le village était tranquille et j’étais aussi épuisée.  Nous avons pris la route à 6h30 :  10-11 heures à faire avant de joindre l’aéroport de Nepalgunj pour prendre l’avion vers Kathmandu.  À 8h00 nous avons pris un thé.  Dans le village suivant nous avons trouvé 5-6 camions arrêtés… la route est bloquée.  Un camion s’est embourbé et un autre a un bris mécanique.  Ils attendent une pièce de rechange qui viendra de la ville, à 6 heures de route.  Ça va prendre des heures!  Pas de problème.  Une chèvre a été abattue ce matin, les gars vont nous cuisiner un curry.  Nous sommes restés 6 heures dans ce petit village à attendre, rien à faire.  Les camions ont finalement été déplacés, on les a d’abord vidé de leur charge, déplacés, puis rechargés.  Nous avons donc repris la route.  Mais nous n’avons pas pu nous rendre à Nepalgunj en véhicule car la route était bloquée avant Nepalgunj.  Ils appellent ça des « bandas ».  Les Népalais ferment une route quand ils veulent attirer l’attention.  Y’avait donc un banda suite à un assassinat, on cherche à arrêter le coupable.  Et un autre parce qu’un professeur a abusé sexuellement d’un garçon.  Alors on a dû prendre l’avion de Surkhet à Nepalgunj puis le vol prévu de Nepalgunj à Kathmandu.

Nous sommes arrivés à Kathmandu samedi soir, après 3 jours passés sur la route.  J’ai pris une bonne douche et j’ai dormi comme un bébé.

Dimanche, premier jour de la semaine au Népal, je suis allée chez le médecin.  J’ai rencontré un généraliste puis un orthopédiste.  Il dit que je me suis fait une entorse des ligaments qui entourent la rotule.  Selon lui, dans 2-3 semaines je ne devrais plus avoir de douleur et pouvoir recommencer à marcher normalement et progressivement reprendre la marche en montagne.  Bonne nouvelle, rien de grave, quel soulagement !  J’ai donc bon espoir de pouvoir me déplacer entre les villages de montagne d’ici quelques semaines.  Mais bon, je vais tout de même faire attention et ne pas reprendre tout ça trop vite.

Plutôt que de retourner tout de suite vers les montagnes, je vais travailler dans le Teraï, région du sud du Népal pendant 2 semaines minimum.  L’infirmière qui est normalement dans ce projet me remplace dans la mission exploratrice à Dholagohe.  Dans le Teraï, le terrain est plat et je n’aurai pas à marcher.  Je ferai des cliniques mobiles en véhicule, un peu comme je faisais au Tchad.  Lorsque je me sentirai prête à marcher en montagne, je retournerai à Kalikot pour m’entraîner un peu avant de partir en « Outreach ».  Je suis bien sûre très déçue de ne pas pouvoir faire mon travail de « Outreach ».  Mais au moins, je sais que je serai utile dans le Teraï.  

J’ai d’abord passé quelques jours à Kathmandu, ce repos m’a fait beaucoup de bien.  Ma mésaventure et toutes les préoccupations qui ont suivi m’ont complètement vidée.  J’ai aussi profité des qualités culinaires des restaurants de Kathmandu, MIUMMM !

Je suis arrivée dans le Teraï jeudi après-midi, après un vol de 15 minutes au-dessus des montagnes et 3 heures de route sur le plat.  La route est pas mal moins pénible que celle des montagnes de Kalikot!  Mon genou va déjà un peu mieux.  Hier soir, on a eu droit à une belle fête avec tout le personnel, on a chanté et dansé accompagné de la guitare.  C’était très agréable.  Demain matin je pars en clinique mobile avec l’équipe médicale.

chevre

 

Promenade du soir

Tuesday, April 8th, 2008

Mardi, 8 avril 2008 ou 26/12/2064.

Montagnes_de_Kalikot.JPG

Hier soir, après ma journée de travail, je suis allée prendre une marche autour de l’hôpital avec des collègues. Alors que nous nous baladions, nous avons aperçu une jeune femme qui pleurait. À ses côtés, au sol, gisait un homme. Nous nous sommes approchés. L’homme était à peine conscient, son pouls à peine perceptible.Selon sa fille, il s’est effondré par terre. Il revenait des champs et ne se sentait pas bien.

Comme l’hôpital était juste à côté, l’un d’entre nous est allé chercher un brancard et nous avons transporté l’homme à l’hôpital. Son pouls était toujours très faible et sa tension artérielle imperceptible parce que trop basse. L’homme gémissait mais ne prononçait aucun mot compréhensible (par les Népalais bien sûr!). Nous lui avons installé des voies veineuses pour débuter une perfusion. En l’examinant, nous avons noté une éruption cutanée de type allergique. J’ai pensé qu’il faisait une réaction allergique grave à une piqûre d’insecte, d’abeille ou à une morsure de serpent. Nous lui avons donc administré la médication nécessaire. Après plusieurs doses de médicaments, son pouls est devenu un peu plus fort et plus rapide, mais seulement à 76 battements par minute. Les réactions allergiques graves se présentent habituellement avec un pouls très rapide. Il ne présente pas les signes typiques. Chez nous, j’aurais pensé qu’il prenait un médicament contre l’hypertension artérielle (des ß-bloqueurs) ce qui pourrait expliquer sa situation. Mais ici, personne ne prend de médicament contre l’hypertension. Je me suis demandé s’il avait mangé quelque chose detoxique, d’empoisonné, mais les gens disaient qu’il n’y avait rien de poison à ce temps-ci de l’année dans les champs. Il a fallu vraiment plusieurs doses d’adrénaline et même d’atropine avant qu’il s’améliore et qu’on puisse percevoir sa tension artérielle. Puis son état de conscience s’est amélioré progressivement. On lui a demandé s’il se souvenait de ce qui s’était passé et il s’est rappelé avoir été piqué par une abeille. C’était bien ça donc : une réaction allergique TRÈS grave à une piqûre d’abeille. J’ai compris par la suite que son pouls n’était pas très rapide, parce qu’à l’état normal, les gens d’ici ont un pouls autour de 50/min. Ils sont tous en grande forme physique, comme des athlètes, à force de marcher dans les montagnes quotidiennement. Ils ont donc des muscles cardiaques très forts qui n’ont pas besoin de battre plus vite pour être efficaces.

Ce matin, notre patient se porte très bien. Il est bien informé du danger qu’il court lors d’une prochaine piqûre d’abeille. Chez nous, cet homme aurait un Epi-Pen avec lui en tout temps afin de pouvoir être traité rapidement en cas de réaction allergique sévère. Mais ici on ne trouve pas d’injecteur simple et rapide d’adrénaline. On peut seulement lui dire qu’il doit rapidement se présenter à l’hôpital s’il est piqué par une abeille une autre fois. Je crois que cet homme a été très chanceux hier soir. J’espère qu’il recevra des soins à temps si cette situation se présente à nouveau.

Arrivée à Kalikot

Monday, April 7th, 2008

District de Kalikot, Népal

Samedi, 5 avril 2008 ou 24 Chaitra 2064 selon le calendrier népalais.

Je suis enfin arrivée à Kalikot, plus d’une semaine après avoir quitté le Canada. La route fut longue et difficile. Mais ce matin j’ai déjeuné à l’extérieur, sous le soleil, en écoutant le chant des oiseaux, admirant les montagnes… bonheur total!

Depuis mon départ, je suis passée par Amsterdam pour des briefings. Puis je me suis envolée vers le Népal en passant par Londres et Delhi (6 heures d’attente). Je suis arrivée à Kathmandu, capitale du Népal, 22 heures plus tard. Aux cours de ces 72 heures, je n’ai dormi que 5 heures, en 2 fois!J’étais zombie en arrivant au Népal. Une bonne nuit de sommeil de 12 heures à Kathmandu et me voilà fraîche et dispo, déjà adaptée aux 9h45 de décalage horaire. Nouveaux briefings à Kathmandu, entrevue avec le conseil médical du Népal pour mon permis de travail comme médecin, puis déplacements encore, vers ma destination finale: Kalikot.

Kalikot est un district dans une région très reculée du mid-ouest du Népal. J’ai fait le trajet avec le coordonnateur médical des projets de MSF au Népal. Nous avons d’abord pris l’avion de Kathmandu à Nepalganj (vol de 80min), où j’ai passé une bonne nuit dans un hôtel agréable. Lundi, à 6 heures, nous avons pris la route vers Khidki Jyula à bord d’un véhicule 4X4 bien adapté à la piste qui nous attendait.

Rivi_re_Karnali.JPG

Au début la route est asphaltée, tout va bien. Mais notre chauffeur est un peu endormi, alors on s’arrête pour du thé et des beignets.Nous reprenons la route, zigzagant à travers la forêt. On se croirait presqu’au Québec, le sol est pavé de feuilles mortes colorées. Nous traversons un parc national, des singes traversent la route devant nous. OK, je ne suis plus au Québec!Nous nous arrêtons pour déjeuner à Surkhet 4 heures plus tard : oeufs brouillés et rôties de pain blanc.

Par la suite, ce n’est plus la même chose, la “route” est très cahoteuse, inconfortable et poussiéreuse mais les superbes paysages me font oublier ces désagréments. Nous passons un col de montagne et s’ouvre devant nous une superbe vallée. Une rivière turquoise bordée de plages de sable blanc et entourée de montagnes à perte de vue. Des montagnes décorées de cultures en terrasse, du blé principalement. Notre route oscille entre la rivière au fond de la vallée et les rebords pentus des montagnes. De nouveaux éléments viennent changer le panorama à chaque instant. Un petit village avec des toits de chaume, un pont suspendu surplombant la rivière, un autobus bondé de monde transportant des bagages et même des gens sur son toit, des porteurs ayant une charge énorme sur le dos, etc.

Cultures_en_terrasse.JPG

Nous nous arrêtons le midi dans un village. Je suis surprise de voir que les gens, même les enfants, ne portent pas trop attention à notre présence. Nous sommes pourtant dans un endroit très reculé où les étrangers ne mettent pas souvent les pieds. J’ai l’impression d’être presque invisible. Cela me fait tout drôle en comparaison avec l’Afrique où tous les enfants nous saluent et nous sourient. Après quelques minutes, certains enfants s’approchent, nous observent, nous saluent puis retournent assez rapidement à leurs occupations.

Nous arrivons à Khidki Jyula vers 18h00, nous y passerons la nuit.Au total, nous avons roulé pendant 12 heures, excluant quelques arrêts. On nous offre un thé népalais à notre arrivée : une bonne dose d’énergie. Il s’agit d’un thé au lait, épicé et sucré, très savoureux. Plus tard, nous avons droit au dal-bhat, le mets traditionnel népalais composé de lentilles et de riz. Puis c’est l’heure du dodo sur une planche de bois bien dure. C’est très réparateur pour les dos endoloris par les kilomètres de piste de sable et de roches. J’ai passé une très bonne nuit.

Mardi, 6 heures du matin, réveil et préparatifs pour la longue marche vers Kalikot. Nous continuerons à pied parce qu’à partir d’ici la route vers Manma est trop dangereuse. Nous avons apporté des médicaments de Kathmandu et du matériel de Nepalgunj. Nous ferons donc le trajet avec 11 porteurs qui transporteront tout cela sur leurs dos.

D’abord nous traversons la rivière Karnali par un petit pont. Nous la longerons toute la journée. Je vous l’ai déjà dit, mais je le répète : la rivière est turquoise et bordée de plages de sable blanc. On se croirait en Thaïlande, c’est superbe. Nous marchons au fond de la vallée pendant plusieurs heures. Le soleil me tape sur la tête. Je manque d’énergie. Je n’ai avalé qu’un morceau de gâteau aux fruits et un thé au déjeuner. Les Népalais ne mangent pas au réveil.Ils attendent jusqu’à 10h30 environ et mangent le dal-bhat. Tout ce que notre guide a apporté à manger c’est une barre de chocolat SNICKERS qui me fond sur les doigts. Nous nous arrêtons vers 11h, finalement, pour manger des nouilles… oh la la, elles sont très épicées (j’en ai mal à l’estomac depuis, j’espère que je vais m’y habituer!).

Ensuite, nous reprenons la marche pour la montée vers l’hôpital (740m de dénivelé, très abrupte). À mi-chemin nous prenons un thé au “tea shop” pour nous donner l’énergie nécessaire pour la dernière montée.Heureusement, le soleil s’est caché derrière les nuages. Sous cette chaleur, j’ai du mal à maintenir ma température corporelle normale. J’ai bu 3 à 4 litres d’eau au cours des 6 heures de marche. Wow, dire que je suis ici pour le programme “outreach”, ce qui veut dire que je vais marcher beaucoup!Va falloir que je m’habitue, et que je m’entraîne. Au moins, l’altitude n’est pas très élevée.L’hôpital se trouve à 1500m. On y arrive vers 14heures, pas mal fatigués.

H_pital_du_district_Kalikot.JPG

L’hôpital de Kalikot : mon nouveau chez-moi. Un endroit incroyable, superbe, calme, au milieu des montagnes. Des sommets de 3000-4000m. Le plus haut qu’on aperçoit est de 4202m, il y est tombé de la neige le jour de mon arrivée. Vous devez avoir moins de neige à Québec parce qu’apparemment, j’en ai apporté avec moi à Amsterdam et même à Kalikot!