Un petit voyage à Kathmandu

Après 10 jours de repos, ma douleur au genou persistait alors on a décidé que je devais aller à Kathmandu pour voir un spécialiste. Comme mon travail comporte beaucoup de marche en montagne, vaut mieux savoir ce qu’il en est et tenter de savoir si je peux partir en « Outreach » prochainement. Mais le voyage vers Kathmandu n’est pas simple. Avec mon genou blessé, je ne peux pas marcher toute une journée pour me rendre au véhicule avant de faire les 12 heures de voiture puis le vol en avion pour finalement arriver à Kathmandu. Alors on a trouvé une solution :  je suis partie à dos de cheval.

J’ai quitté le projet jeudi, le 8 mai à 7h15, avec des membres de l’équipe de coordination qui étaient venus nous visiter. Le cheval, et son « chauffeur », sont arrivés en retard car ils sont allés à Manma pour prendre une selle. Mais LA selle est brisée…  Alors ils ont mis 5 couvertures pliées en deux sur le dos du cheval et ont manigancé une espèce de selle avec de la corde.  Je dois dire que j’ai été plutôt étonnée par cette selle de fortune et son pseudo-confort. Mais après avoir passé 10 heures à me faire « cogner le derrière » sur le dos d’un cheval assez amaigri, j’avais une certaine partie de mon anatomie un peu endolorie. 

a dos de cheval

Il serait difficile et un peu dangereux de se promener à cheval sur le sentier de marche.  Alors nous sommes descendus par la route. Nous avons mis 10 heures, sous le chaud soleil, pour rejoindre notre véhicule. La descente à dos de cheval s’est bien passée.  Le cheval était très calme, il ne réagissait pas du tout aux bruits des klaxons, ni aux aboiements des chiens. Son maître l’a bien dirigé et il l’a bien nourri au cours de cette dure journée de labeur. Il avait apporté du maïs dans son sac à dos et il lui trouvait du feuillage sur la route.

Nous avons roulé pendant une demi-heure pour s’arrêter à un hôtel-restaurant.  Mais là, faut pas vous imaginer le Holiday Inn!  C’est un bon hôtel pour la région.  On a eu droit à une chambre pour les dames (nous étions deux) et une pour les hommes (deux également).  Un bon lit ferme qui ressemble plus à une table qu’à un lit, l’eau courante dans la rivière qui passe pas loin de l’hôtel et une toilette sèche à l’extérieur.  La toilette est un luxe dans les régions du Népal car la plupart des petits villages n’ont que des toilettes à aire ouverte, c’est-à-dire que les gens font ça à peu près n’importe où (et je n’exagère pas, ils n’ont même pas de lieu désigné).  Avant d’aller dormir, les gars nous ont préparé un curry de poulet.  Je n’avais pas mangé de viande depuis 6 semaines!  Ouais, j’ai dit que c’était un restaurant aussi, mais nos amis népalais aiment bien cuisiner et ils préfèrent préparer la viande eux-mêmes.  C’était délicieux!

J’ai très bien dormi, le village était tranquille et j’étais aussi épuisée.  Nous avons pris la route à 6h30 :  10-11 heures à faire avant de joindre l’aéroport de Nepalgunj pour prendre l’avion vers Kathmandu.  À 8h00 nous avons pris un thé.  Dans le village suivant nous avons trouvé 5-6 camions arrêtés… la route est bloquée.  Un camion s’est embourbé et un autre a un bris mécanique.  Ils attendent une pièce de rechange qui viendra de la ville, à 6 heures de route.  Ça va prendre des heures!  Pas de problème.  Une chèvre a été abattue ce matin, les gars vont nous cuisiner un curry.  Nous sommes restés 6 heures dans ce petit village à attendre, rien à faire.  Les camions ont finalement été déplacés, on les a d’abord vidé de leur charge, déplacés, puis rechargés.  Nous avons donc repris la route.  Mais nous n’avons pas pu nous rendre à Nepalgunj en véhicule car la route était bloquée avant Nepalgunj.  Ils appellent ça des « bandas ».  Les Népalais ferment une route quand ils veulent attirer l’attention.  Y’avait donc un banda suite à un assassinat, on cherche à arrêter le coupable.  Et un autre parce qu’un professeur a abusé sexuellement d’un garçon.  Alors on a dû prendre l’avion de Surkhet à Nepalgunj puis le vol prévu de Nepalgunj à Kathmandu.

Nous sommes arrivés à Kathmandu samedi soir, après 3 jours passés sur la route.  J’ai pris une bonne douche et j’ai dormi comme un bébé.

Dimanche, premier jour de la semaine au Népal, je suis allée chez le médecin.  J’ai rencontré un généraliste puis un orthopédiste.  Il dit que je me suis fait une entorse des ligaments qui entourent la rotule.  Selon lui, dans 2-3 semaines je ne devrais plus avoir de douleur et pouvoir recommencer à marcher normalement et progressivement reprendre la marche en montagne.  Bonne nouvelle, rien de grave, quel soulagement !  J’ai donc bon espoir de pouvoir me déplacer entre les villages de montagne d’ici quelques semaines.  Mais bon, je vais tout de même faire attention et ne pas reprendre tout ça trop vite.

Plutôt que de retourner tout de suite vers les montagnes, je vais travailler dans le Teraï, région du sud du Népal pendant 2 semaines minimum.  L’infirmière qui est normalement dans ce projet me remplace dans la mission exploratrice à Dholagohe.  Dans le Teraï, le terrain est plat et je n’aurai pas à marcher.  Je ferai des cliniques mobiles en véhicule, un peu comme je faisais au Tchad.  Lorsque je me sentirai prête à marcher en montagne, je retournerai à Kalikot pour m’entraîner un peu avant de partir en « Outreach ».  Je suis bien sûre très déçue de ne pas pouvoir faire mon travail de « Outreach ».  Mais au moins, je sais que je serai utile dans le Teraï.  

J’ai d’abord passé quelques jours à Kathmandu, ce repos m’a fait beaucoup de bien.  Ma mésaventure et toutes les préoccupations qui ont suivi m’ont complètement vidée.  J’ai aussi profité des qualités culinaires des restaurants de Kathmandu, MIUMMM !

Je suis arrivée dans le Teraï jeudi après-midi, après un vol de 15 minutes au-dessus des montagnes et 3 heures de route sur le plat.  La route est pas mal moins pénible que celle des montagnes de Kalikot!  Mon genou va déjà un peu mieux.  Hier soir, on a eu droit à une belle fête avec tout le personnel, on a chanté et dansé accompagné de la guitare.  C’était très agréable.  Demain matin je pars en clinique mobile avec l’équipe médicale.

chevre

 

One Response to “Un petit voyage à Kathmandu”

  1. Ghislaine Télémaque Says:

    Bonjour Isabelle,

    Quand je lis tes récits, je me mets tout de suite à ta place pour pouvoir t’accompagner durant ce voyage. Tu sais à quel point je suis loin de ta réalité, en étant dans l’Arctique présentement.

    Si je comprends bien, tu changes temporairement de région, en attendant que ton genou soit en meilleure condition et ainsi retourner à Kalikot. Y-a-t-il un centre de référence pas très loin des cliniques mobiles, dans le Terai?
    Sache que nous te suivons avec beaucoup d’intérêt.

    Ghislaine, RN

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