Archive for April, 2008

À l’hôpital de Kalikot

Thursday, April 24th, 2008

Mercredi, 23 avril 2008

Vendredi fut une dure journée et elle a commencé tôt. Un peu après 6 heures, j’ai été réveillée par la voix d’un infirmier qui m’appelait par mon nom. J’ai enfilé ma veste et je suis sortie. Il m’annonce que la sage-femme vient d’examiner une femme enceinte qui est en travail depuis plusieurs heures. Elle a senti le coude ou le genou du fœtus dans le col de l’utérus. Humm, ce n’est pas une bonne idée de tenter de sortir du ventre de sa mère de cette façon. Je suis allée voir et examiner la patiente et la présentation du fœtus n’est effectivement ni la tête, ni le siège. La femme va bien et le rythme cardiaque du fœtus est bon. La veille, on avait eu de la difficulté à entendre le cœur du fœtus. Ici, le monitoring fœtal se fait en écoutant les battements du cœur de temps en temps à l’aide d’un bon vieux stéthoscope métallique conique que vous avez certainement déjà vu dans une télé série dans laquelle l’action se passait au début du siècle. Cet appareil fonctionne très bien, mais le monitoring ne peut pas être continu. Bref, le fœtus souffre sûrement de cette situation. Il faut donc faire une césarienne d’urgence pour sauver maman et bébé.

Malheureusement, la seule personne capable de faire une césarienne est mon collègue médecin qui est en quarantaine dans sa chambre depuis qu’il a développé la varicelle! Comme il s’agit ici de sauver des vies et qu’il vaut mieux avoir un nouveau-né "varicelleux" vivant et une mère en bonne santé, il fera la césarienne malgré sa contagiosité.

À 7h30 le bébé était né. Il n’était pas bien du tout. Il était cyanosé et ne faisait aucun effort de respiration. J’ai dû le réanimer pendant plusieurs minutes. Il a fini par respirer normalement et devenir tout rose. Mais ses poumons étaient remplis de liquide. Par la suite, il a fait des arrêts respiratoires. J’ai supporté sa respiration en le ventilant régulièrement, mais je n’ai pas pu l’intuber (mettre un tube dans la trachée pour la respiration). Nous n’avons que des tubes pour adultes. Aucun tube assez petit pour entrer dans la trachée de ce bébé. J’ai bricolé tout ce que j’ai pu en utilisant des tubes destinés à d’autres fins. Mais je n’ai pas réussi à bricoler un système de raccord avec le ballon de ventilation. J’avais de plus en plus de difficulté à le ventiler au masque. Ses poumons se remplissant de liquide, je devais exercer une pression de plus en plus forte pour réussir à faire entrer un peu d’air dans ses poumons.

Malgré tous nos efforts il est décédé à 8 heures de vie. J’ai passé plusieurs de ces heures à tenter de le réanimer. J’ai trouvé ça très difficile de ne pas réussir. Je trouvais surtout cela frustrant de ne pas avoir les moyens pour l’aider adéquatement. Je ne veux pas dire qu’il ne serait pas mort s’il était né au Québec, mais au moins il aurait eu plus de chances. Et surtout, on aurait su plus vite qu’il ne se présentait pas de la bonne façon, qu’il souffrait dans l’utérus et on aurait fait une césarienne plus tôt. Mais ici, c’est fréquent les nouveau-nés qui ne survivent pas alors le personnel infirmier et même les parents ne réagissent pas tant que ça à la mort. Moi j’ai trouvé ça pas mal dur. Dans notre culture, la mort d’un enfant c’est la catastrophe alors qu’ici on ne s’attache pas trop tôt à un nouveau-né car on sait que ses chances de survie sont faibles. Le bon côté de cette histoire c’est qu’on a pu sauver la mère, elle va bien. Si, comme la plupart de femmes de la région, elle avait accouché toute seule, dans la paille, avec les bœufs, elle n’aurait pas eu de césarienne et serait probablement décédée aussi.

Cela fait deux semaines que je fais la tournée des patients hospitalisés à tous les matins. C’est incroyable toutes les pathologies que j’ai rencontrées jusqu’à maintenant.

 

  • L’homme ayant fait une réaction allergique sévère à une piqûre d’abeille dont je vous ai déjà parlé.
  • Un garçon de 10 ans souffrant de pancytopénie (déficit en globules rouges et blancs et plaquettes). Il n’y a aucun moyen d’investigation et de traitement disponible pour lui au Népal (il aurait besoin d’une biopsie et sûrement d’une greffe de la moelle osseuse).
  • Une femme dans la cinquantaine souffrant de gangrène de la jambe droite jusqu’au genou. On l’a transférée à l’hôpital de Nepalgunj pour amputation. Elle passera 2 jours dans un autobus pour s’y rendre.
  • Un vieil homme souffrant d’occlusion intestinale, il a probablement un cancer. On l’a transféré à Nepalgunj aussi, on n’a pas de nouvelles de son évolution.
  • Un garçon d’un an souffrant de malnutrition sévère et de pneumonie.
  • Deux femmes dans la trentaine paraplégiques suite à un accident. Elles sont alitées toute la journée et elles souffrent de plaies de pression.
  • Un vieil homme souffrant de diabète. Le seul traitement disponible ici est la correction de la diète. Dans un pays où le riz est à la base de tous les repas (les Népalais actifs mangent 1 kg de riz par jour!), il n’est pas facile d’avoir une diète faible en glucides.
  • Un jeune garçon souffrant de brûlures sévères (suite à un feu de broussailles). Pour survivre, il faudrait l’amputer des 4 membres. Mais une fois amputé, ses chances de survie sont très faibles car il resterait dépendant tout sa vie. Son père a refusé les amputations.
  • Un homme de 30 ans s’étant coupé le pouce avec une hache.

Je vais m’arrêter ici pour la liste des souffrances. Regardons les choses d’une manière plus positive maintenant.

Avant l’arriver de MSF, il n’y avait ici qu’un petit centre de santé non fonctionnel. Maintenant, nous consultons près de 2000 patients par mois. Les patients font jusqu’à 3 jours de marche pour venir à l’hôpital. Nous faisons environ 80 admissions par mois et 20 accouchements. Nous pouvons faire des césariennes et autres chirurgies d’urgence au besoin. Nous offrons aussi des visites pré et post natales, des conseils et des moyens de contraception ainsi que des avortements thérapeutiques ou désirés.

On ne peut pas sauver tout le monde, mais on peut sauver beaucoup de vies et alléger beaucoup de souffrances avec les activités de MSF à Kalikot.

Le Népal

Sunday, April 13th, 2008

Dimanche, 13 avril 2008 ou 01-01-2065, nouvel an népalais

Bonne et heureuse année 2065!

Ben oui, aujourd’hui on fête le nouvel an népalais, Bisket Jatra. C’est congé. J’en profite pour vous écrire! Bien sûr on assure une présence à l’hôpital pour les patients admis et les potentielles urgences.

Malheureusement, on ne peut pas participer aux festivités. En raison des élections récentes, nous sommes confinés à demeurer sur le terrain de l’hôpital.

Jeudi dernier, 10 avril, les Népalais ont voté pour élire une assemblée constitutionnelle. Actuellement, le Népal est une monarchie parlementaire ayant comme chef d’état le roi et comme chef de gouvernement le Premier ministre. Le roi actuel est le dernier roi à avoir dirigé le pays. On commence à annoncer les résultats des différents bureaux de vote mais cela prendra encore plusieurs jours avant de connaître le résultat final. D’ici là, certaines tensions peuvent survenir entre les différents partis politiques ce qui peut mener à quelques bagarres. C’est pourquoi il est plus prudent pour nous de se tenir à l’écart des rassemblements publics. Tout est calme dans Kalikot.

Le Népal est situé dans le sous-continent indien, entouré par l’Inde et le Tibet (Chine). C’est un des pays les plus pauvres, malgré sa richesse en paysages naturels et trésors culturels. Le Népal est bien connu des randonneurs et des grimpeurs en quête d’aventure. Moi-même j’y suis venue en 2003 pour y faire un trek dans la vallée de l’Everest. C’est un pays très montagneux, on y retrouve 10 des 14 plus hauts sommets du monde, dont l’Everest (Sagarmatha en népali), le point culminant de la planète à 8848m. Le Sud du Népal est occupé par les plaines du Teraï (environ 150m au-dessus du niveau de la mer), puis il y a successions de chaînes de montagnes sur toute la longueur du pays, de plus en plus hautes, jusqu’à l’Himalaya.

Géographiquement, le Népal peut être divisé en quatre régions naturelles.

  1. Le Teraï abrite environ 47% de la population népalaise. On y trouve quelques grandes villes, mais la plupart de la région est constituée de petits villages de 40-50 maisons au centre de vastes champs cultivés.
  2. Les montagnes du centre, une bande de 60 km de largeur, occupée par 45% de la population. La plupart des grandes villes s’y trouvent: Kathmandu, Pokhara, Jumla, Patan, etc.
  3. L’Himalaya, région hostile où vivent moins de 8% des Népalais. La plupart des villages se trouvent entre 3000 et 4000 m d’altitude.
  4. Le Trans-Himalaya dans l’Ouest, une haute région désertique, semblable au plateau tibétain.

Les régions montagneuses occupant les deux-tiers du pays rendent difficile la construction de routes et autres infrastructures. Il n’y a que 8500 km de routes pavées au Népal, ce qui contribue à l’isolement des différentes régions. La plupart des déplacements se font à pied sur d’étroits sentiers.

Le tourisme occupe une place importante dans l’économie du Népal mais l’aide étrangère demeure essentielle, tout comme le commerce avec l’Inde. La plupart de la population dépend de l’agriculture et environ 40% des Népalais vivent dans la pauvreté. Le Népal en bref:

  • Intitulé officiel du pays: Royaume du Népal
  • Population: 28,2 millions (NU, 2007)
  • Capitale: Kathmandu, ville très polluée, bruyante et poussiéreuse
  • Superficie: 147 181 km, 800km de longueur par 200 km de largeur
  • Langues: Nepali surtout et dialectes locaux
  • Religions principales: Hindouisme, Bouddhisme et minorité musulmane
  • Espérance de vie: 63 ans (H) et 64 ans(F) (NU)
  • Unité monétaire: la roupie népalaise, 1$CND = 63 NPR environ, 1Є = 100NPR
  • Drapeau: le drapeau népalais est le seul drapeau national qui ne soit pas quadrilatéral, il est constitué de 2 triangles
  • Décalage horaire: + 9 heures 45 par rapport au Québec (heure GMT + 5 heures 45)

À Kalikot, de février à avril, c’est la fin de la saison sèche. Le climat est très agréable. Il fait autour de 25 degrés Celsius le jour, sous le soleil cela paraît comme 30 ou plus. Aussitôt qu’on est à l’ombre ou qu’il vente, ça devient frisquet. Et lorsqu’il pleut, avec le degré d’humidité qui augmente, on a froid. Le climat a changé rapidement, les premiers soirs que j’ai passé à Kalikot, on avait froid. Mais maintenant, il fait bon tous les jours et soirs. Mais il ne faut pas attendre trop tard en fin de journée pour prendre une douche (à l’eau froide) si on ne veut pas frissonner! L’inconvénient avec toute cette sécheresse, c’est que la poussière réduit la visibilité, les montagnes sont dans la brume et on ne voit pas très loin dans la vallée, sauf pendant quelques heures après une bonne pluie où la visibilité est très nette.

La chaleur et le degré d’humidité vont augmenter au cours des prochains mois et la mousson débutera autour de la mi-juin. Pendant la mousson, les routes sont impraticables en raison de la boue et le seul moyen de transport entre Kalikot et la ville sera l’hélicoptère alors il n’y aura pas beaucoup de mouvements entre juin et septembre.

Vous pouvez situer Kalikot et le Népal à l’aide de Google Earth (Kalikot, Nepal). Pour en savoir plus sur le Népal, je vous invite à visiter le site web de BBC: www.bbc.com (cf “Nepal” puis “Country Profile of Nepal”).

Biographie: Docteur Isabelle

Sunday, April 13th, 2008

Isabelle Chotard

Isabelle Chotard, 35 ans, canadienne. J’ai un pied-à-terre dans la ville de Québec.

J’ai travaillé comme médecin d’urgence au Centre Hospitalier de l’Université Laval à Québec pendant plus de 5 ans, puis maintenant comme médecin dépanneur dans différentes régions du Québec entre mes missions avec MSF.

J’aime découvrir le monde, sa nature et ses gens. J’ai fait de multiples voyages par intérêt personnel avant de partir en mission avec MSF.

En travaillant pour MSF, j’ai trouvé une façon de rallier mes intérêts pour la santé, les gens et leurs différentes cultures. J’ai fait une mission de 6 mois en République Démocratique du Congo en 2005 puis au Tchad en 2006-2007, à la frontière du Darfour, Soudan.

Maintenant je suis en mission au Népal pour 6 mois, dans la région de Kalikot. Notre projet est constitué de deux volets: les soins de santé à l’hôpital de district et ce qu’on appelle le “Outreach”, c’est-à-dire les soins dans des villages éloignés de l’hôpital.

Je vous invite à lire mon blog si vous voulez en savoir plus sur les activités de MSF au Népal et sur ce que j’y vis.

Tempête à Kalikot

Saturday, April 12th, 2008


Samedi, 12 avril 2008

Quand il y a un orage ici, c’est quelque chose!On a eu droit à un beau spectacle de sons et lumières hier soir.Des éclairs et du tonnerre à n’en plus finir, pendant plusieurs heures.

Au début, j’avais un peu peur.C’est que lorsque la pluie tombe sur ces toits de tôle, ça fait un bruit horrible, tu as l’impression que le toit va te tomber sur la tête.Surtout lorsque ce sont des grêlons de 1 cm qui tombent!Il est vrai qu’avec la mousson qui s’en vient, les structures ont besoin d’être solides.Lorsque j’ai été convaincue de la solidité de mon abri, j’ai vraiment commencé à apprécier le spectacle.

Les lumières:des éclairs de tous les côtés, entre les montagnes ou derrière les montagnes, créant des ombres grandioses autour de nous.Les sons:le merveilleux chant de la pluie qui tombe et les coups de tonnerre qui viennent battre la mesure de temps en temps.

Il est difficile de décrire ce qui m’entoure, mais je vais essayer. Nous sommes presqu’au sommet d’une montagne, entouré sur 360 degrés d’autres sommets plus élevés. J’ai l’impression d’être tout près du sommet du monde et de l’observer autour de moi. C’est vrai qu’il n’est pas très loin d’ici d’ailleurs le toit du monde, l’Everest. Avec l’effet entonnoir créé par les montagnes, j’entends tous les sons qui proviennent de la vallée, entremêlés. J’entends les rugissements de la rivière Karnali, les chants des chacals la nuit et les hurlements des chiens qui leur répondent, les cris des enfants le jour, les grognements des tracteurs qui tentent d’escalader les montagnes, etc. Bientôt ce sera moi qui tenterai d’escalader les montagnes et qui émettrai les sons plaintifs de l’effort déployé.

Promenade du soir

Tuesday, April 8th, 2008

Mardi, 8 avril 2008 ou 26/12/2064.

Montagnes_de_Kalikot.JPG

Hier soir, après ma journée de travail, je suis allée prendre une marche autour de l’hôpital avec des collègues. Alors que nous nous baladions, nous avons aperçu une jeune femme qui pleurait. À ses côtés, au sol, gisait un homme. Nous nous sommes approchés. L’homme était à peine conscient, son pouls à peine perceptible.Selon sa fille, il s’est effondré par terre. Il revenait des champs et ne se sentait pas bien.

Comme l’hôpital était juste à côté, l’un d’entre nous est allé chercher un brancard et nous avons transporté l’homme à l’hôpital. Son pouls était toujours très faible et sa tension artérielle imperceptible parce que trop basse. L’homme gémissait mais ne prononçait aucun mot compréhensible (par les Népalais bien sûr!). Nous lui avons installé des voies veineuses pour débuter une perfusion. En l’examinant, nous avons noté une éruption cutanée de type allergique. J’ai pensé qu’il faisait une réaction allergique grave à une piqûre d’insecte, d’abeille ou à une morsure de serpent. Nous lui avons donc administré la médication nécessaire. Après plusieurs doses de médicaments, son pouls est devenu un peu plus fort et plus rapide, mais seulement à 76 battements par minute. Les réactions allergiques graves se présentent habituellement avec un pouls très rapide. Il ne présente pas les signes typiques. Chez nous, j’aurais pensé qu’il prenait un médicament contre l’hypertension artérielle (des ß-bloqueurs) ce qui pourrait expliquer sa situation. Mais ici, personne ne prend de médicament contre l’hypertension. Je me suis demandé s’il avait mangé quelque chose detoxique, d’empoisonné, mais les gens disaient qu’il n’y avait rien de poison à ce temps-ci de l’année dans les champs. Il a fallu vraiment plusieurs doses d’adrénaline et même d’atropine avant qu’il s’améliore et qu’on puisse percevoir sa tension artérielle. Puis son état de conscience s’est amélioré progressivement. On lui a demandé s’il se souvenait de ce qui s’était passé et il s’est rappelé avoir été piqué par une abeille. C’était bien ça donc : une réaction allergique TRÈS grave à une piqûre d’abeille. J’ai compris par la suite que son pouls n’était pas très rapide, parce qu’à l’état normal, les gens d’ici ont un pouls autour de 50/min. Ils sont tous en grande forme physique, comme des athlètes, à force de marcher dans les montagnes quotidiennement. Ils ont donc des muscles cardiaques très forts qui n’ont pas besoin de battre plus vite pour être efficaces.

Ce matin, notre patient se porte très bien. Il est bien informé du danger qu’il court lors d’une prochaine piqûre d’abeille. Chez nous, cet homme aurait un Epi-Pen avec lui en tout temps afin de pouvoir être traité rapidement en cas de réaction allergique sévère. Mais ici on ne trouve pas d’injecteur simple et rapide d’adrénaline. On peut seulement lui dire qu’il doit rapidement se présenter à l’hôpital s’il est piqué par une abeille une autre fois. Je crois que cet homme a été très chanceux hier soir. J’espère qu’il recevra des soins à temps si cette situation se présente à nouveau.

Arrivée à Kalikot

Monday, April 7th, 2008

District de Kalikot, Népal

Samedi, 5 avril 2008 ou 24 Chaitra 2064 selon le calendrier népalais.

Je suis enfin arrivée à Kalikot, plus d’une semaine après avoir quitté le Canada. La route fut longue et difficile. Mais ce matin j’ai déjeuné à l’extérieur, sous le soleil, en écoutant le chant des oiseaux, admirant les montagnes… bonheur total!

Depuis mon départ, je suis passée par Amsterdam pour des briefings. Puis je me suis envolée vers le Népal en passant par Londres et Delhi (6 heures d’attente). Je suis arrivée à Kathmandu, capitale du Népal, 22 heures plus tard. Aux cours de ces 72 heures, je n’ai dormi que 5 heures, en 2 fois!J’étais zombie en arrivant au Népal. Une bonne nuit de sommeil de 12 heures à Kathmandu et me voilà fraîche et dispo, déjà adaptée aux 9h45 de décalage horaire. Nouveaux briefings à Kathmandu, entrevue avec le conseil médical du Népal pour mon permis de travail comme médecin, puis déplacements encore, vers ma destination finale: Kalikot.

Kalikot est un district dans une région très reculée du mid-ouest du Népal. J’ai fait le trajet avec le coordonnateur médical des projets de MSF au Népal. Nous avons d’abord pris l’avion de Kathmandu à Nepalganj (vol de 80min), où j’ai passé une bonne nuit dans un hôtel agréable. Lundi, à 6 heures, nous avons pris la route vers Khidki Jyula à bord d’un véhicule 4X4 bien adapté à la piste qui nous attendait.

Rivi_re_Karnali.JPG

Au début la route est asphaltée, tout va bien. Mais notre chauffeur est un peu endormi, alors on s’arrête pour du thé et des beignets.Nous reprenons la route, zigzagant à travers la forêt. On se croirait presqu’au Québec, le sol est pavé de feuilles mortes colorées. Nous traversons un parc national, des singes traversent la route devant nous. OK, je ne suis plus au Québec!Nous nous arrêtons pour déjeuner à Surkhet 4 heures plus tard : oeufs brouillés et rôties de pain blanc.

Par la suite, ce n’est plus la même chose, la “route” est très cahoteuse, inconfortable et poussiéreuse mais les superbes paysages me font oublier ces désagréments. Nous passons un col de montagne et s’ouvre devant nous une superbe vallée. Une rivière turquoise bordée de plages de sable blanc et entourée de montagnes à perte de vue. Des montagnes décorées de cultures en terrasse, du blé principalement. Notre route oscille entre la rivière au fond de la vallée et les rebords pentus des montagnes. De nouveaux éléments viennent changer le panorama à chaque instant. Un petit village avec des toits de chaume, un pont suspendu surplombant la rivière, un autobus bondé de monde transportant des bagages et même des gens sur son toit, des porteurs ayant une charge énorme sur le dos, etc.

Cultures_en_terrasse.JPG

Nous nous arrêtons le midi dans un village. Je suis surprise de voir que les gens, même les enfants, ne portent pas trop attention à notre présence. Nous sommes pourtant dans un endroit très reculé où les étrangers ne mettent pas souvent les pieds. J’ai l’impression d’être presque invisible. Cela me fait tout drôle en comparaison avec l’Afrique où tous les enfants nous saluent et nous sourient. Après quelques minutes, certains enfants s’approchent, nous observent, nous saluent puis retournent assez rapidement à leurs occupations.

Nous arrivons à Khidki Jyula vers 18h00, nous y passerons la nuit.Au total, nous avons roulé pendant 12 heures, excluant quelques arrêts. On nous offre un thé népalais à notre arrivée : une bonne dose d’énergie. Il s’agit d’un thé au lait, épicé et sucré, très savoureux. Plus tard, nous avons droit au dal-bhat, le mets traditionnel népalais composé de lentilles et de riz. Puis c’est l’heure du dodo sur une planche de bois bien dure. C’est très réparateur pour les dos endoloris par les kilomètres de piste de sable et de roches. J’ai passé une très bonne nuit.

Mardi, 6 heures du matin, réveil et préparatifs pour la longue marche vers Kalikot. Nous continuerons à pied parce qu’à partir d’ici la route vers Manma est trop dangereuse. Nous avons apporté des médicaments de Kathmandu et du matériel de Nepalgunj. Nous ferons donc le trajet avec 11 porteurs qui transporteront tout cela sur leurs dos.

D’abord nous traversons la rivière Karnali par un petit pont. Nous la longerons toute la journée. Je vous l’ai déjà dit, mais je le répète : la rivière est turquoise et bordée de plages de sable blanc. On se croirait en Thaïlande, c’est superbe. Nous marchons au fond de la vallée pendant plusieurs heures. Le soleil me tape sur la tête. Je manque d’énergie. Je n’ai avalé qu’un morceau de gâteau aux fruits et un thé au déjeuner. Les Népalais ne mangent pas au réveil.Ils attendent jusqu’à 10h30 environ et mangent le dal-bhat. Tout ce que notre guide a apporté à manger c’est une barre de chocolat SNICKERS qui me fond sur les doigts. Nous nous arrêtons vers 11h, finalement, pour manger des nouilles… oh la la, elles sont très épicées (j’en ai mal à l’estomac depuis, j’espère que je vais m’y habituer!).

Ensuite, nous reprenons la marche pour la montée vers l’hôpital (740m de dénivelé, très abrupte). À mi-chemin nous prenons un thé au “tea shop” pour nous donner l’énergie nécessaire pour la dernière montée.Heureusement, le soleil s’est caché derrière les nuages. Sous cette chaleur, j’ai du mal à maintenir ma température corporelle normale. J’ai bu 3 à 4 litres d’eau au cours des 6 heures de marche. Wow, dire que je suis ici pour le programme “outreach”, ce qui veut dire que je vais marcher beaucoup!Va falloir que je m’habitue, et que je m’entraîne. Au moins, l’altitude n’est pas très élevée.L’hôpital se trouve à 1500m. On y arrive vers 14heures, pas mal fatigués.

H_pital_du_district_Kalikot.JPG

L’hôpital de Kalikot : mon nouveau chez-moi. Un endroit incroyable, superbe, calme, au milieu des montagnes. Des sommets de 3000-4000m. Le plus haut qu’on aperçoit est de 4202m, il y est tombé de la neige le jour de mon arrivée. Vous devez avoir moins de neige à Québec parce qu’apparemment, j’en ai apporté avec moi à Amsterdam et même à Kalikot!